Sept
Chemins
vers
la paix
Le
titre anglais de cet ouvrage est « Seven Paths to Peace »
Traduction
française de feu Maurice Jeanne,
Du
Rotary Club d’Argenteuil
Distributed
in service to the ideals of Rotary
by Robert Stewart,
Rotary Club of
To celebrate Rotary’s 100th Anniversary
Centennial Celebration in 2005
Copyright,
1959
ROTARY
INTERNATIONAL
Premier
tirage novembre 1960
Deuxième tirage novembre 1963
TABLE DES MATIÈRES
Où commencent
les chemins . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Le chemin du
patriotisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . .
Le chemin de
la conciliation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . .
Le chemin de
la liberté . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . .
Le chemin du
progrès . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Le chemin de
la justice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . .
Le chemin du
sacrifice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . .
Le chemin de
la fidélité . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . .. . . . . .
Impact
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Politique du
Rotary International dans le cadre de l’action internationale . . . . . . . .
. .
Forward
by Robert Stewart, Rotary Club of Okotoks,
I can not tell
you how happy I was to learn of such a wonderful publication. The Rotary
International publication
"Seven Paths to Peace" is as relevant today (2004) as it was when it
was written in 1959. In fact, I was amazed at the wisdom contained in this
book published 45 years ago. I have been doing a lot of research into
peacebuilding and peace education over the past 9 years (a passion that was
ignited in me by Rotary) and I learned a lot from the book, particularly from a
Rotary point of view.
It is very
important for me to understand the history, current perspective and future path
Rotary is following to peace. I think this is important for all Rotarians
to understand – this is a ‘must read’ for anyone genuinely interested in
Rotary. It is also recommended to
non-Rotarians interested in building peace.
When you read
the book, you will note that the male gender is used in general.
At the time the book was written, there were no female members of Rotary.
Please consider the male gender usage interchangeable for both genders.
How important
is this? As you will read in the
Introductory Chapter ‘Where the Paths Begin’, “… Rotarians believe that if there is failure
in the avenue of international service, there may be no need for concern about
the other avenues of service. … and
this book is presented in the hope and belief that there are thousands (now
millions) of hands which up to now have not been lifted – but which now may be
persuaded to row a new and firm course.”
Why
should this book be any more relevant now than in 1959?
Two things immediately come to mind: Rotary is now doubled in size (over
1.2 million members around the world) and we have the strong contribution of
female members. We can also lever
our contributions through partnerships with other like-minded organizations (eg.
Lions International, YM/YWCA, religious organizations, etc., etc.).
However, the most significant change in the past decade – what makes rather considerable progress possible today is what
I call 'E-peace' - that ability to magnify everything one does, and the related
communication and information transfer, at least ten-fold through the use of
computer and Internet, around the world instantly. E-peace surely will make
community and world peace more of a reality within our, and our children's
generation. For example, any Rotarian can belong to a number of Rotary On The
Internet (ROTI) email listservers to facilitate peace communications and action
around the world. Rotary can have a
central peacebuilding website to disseminate important peace education
information. Much of the moral
support and information for our web site comes from these networks.
This book is now available on the Internet accessible to all, after
almost being lost over the past 45 years (at http://www.peace.ca/rotaryssevenpathstopeace.htm
).
The
bottom line is that peace in our families, communities and world is
achievable. The Carnegie Institute conducted a study on Preventing Deadly
Conflict that concluded, "It is not that we do not know what to do ... it
is that we do not act." The reason that it (peace) has not been achieved is
one of motivation: world and community leaders have not been motivated to raise
their awareness and work together in co-operation to achieve peace. Education,
awareness and knowledge of how each can make a difference will motivate people
and get them to demand action from our institutions such as government.
This important book shows us how.
Happy reading, and ‘may the force of Rotary be with you’ as you help to build peace in our communities and world.
Où commencent les chemins
Ce
livre concerne principalement les Rotariens et les chemins qu’ils parcourent
vers la paix mondiale. Les Rotariens n’ont pas le monopole des chemins vers la
paix, pas plus qu’ils ne diraient que ceux-ci ne sont qu’au nombre de sept.
Il en existe d’autres que ceux qui sont explorés dans ces pages mais, pendant
les plus de 50 années d’existence de leurs clubs, les Rotariens, par leurs
discussions et par leur activité, ont mis au point plusieurs déclarations
concrètes concernant la paix et les routes qui y conduisent.
Les
Rotariens – qui se comptent par plus d’un demi-million – sont groupés en
clubs dans plus de cent pays et, bien que chaque club constitue un organisme
autonome, ils possèdent, ce que l’on pourrait qualifier un peu vaguement, une
« compréhension mondiale » de certaines sujets. Pour exprimer leurs
conceptions communes, les Rotariens se sont mis d’accord, dans leurs congrès,
sur le sens de certains mots spécifiques. Le Conseil d’administration, qui
les représente tous, a entrepris une action concertée sur les buts rotariens
pour la paix, souvent sur la recommandation de comités ou sur celle d’autres
Rotariens.
Le
but de Rotary comporte quatre parties ou domaines d’action :
Il
consiste à encourager et à cultiver l’idéal de servir comme base de toute
entreprise honorable et, en particulier, à encourager et à cultiver :
1.
Le développement des
relations personnelles d’amitié entre ses membres en vue de leur fournir des
occasions de servir l’intérêt général ;
2.
L’observation des règles
de haute probité et de délicatesse dans l’exercice de toute profession :
la reconnaissance de la dignité de toute occupation utile ; l’effort
pour honorer sa profession et en élever le niveau de manière à mieux servir
la société ;
3.
L’application de
l’idéal de servir par tout Rotarien dans sa vie personnelle, professionnelle
et sociale ;
4.
La compréhension
mutuelle internationale, la bonne volonté et l’amour de la paix, en créant
et en entretenant à travers le monde des relations cordiales entre les représentants
des diverses professions, unis dans l’idéal de servir.
Le
quatrième point est appelé « l’action internationale », mais le
premier point fait appel à l’esprit du Rotary pour l’action internationale.
Le « développement des relations personnelles comme moyen de servir »
souligne l’essentiel : « Comment ? ».
Là, dans l’âme du Rotary, se trouve l’élan qui porta, les uns vers les
autres, Paul Harris et ses amis, à Chicago, en 1905. Les relations personnelles
constituent le don spécial du Rotary pour le développement de la compréhension,
de bonne volonté et de la paix. C’est la formule simple du succès du Rotary
pour triompher de l’isolement des hommes. Les relations personnelles relâchent
les tensions dans les affaires et font jaillir l’étincelle de la contribution
désintéressée à la communauté ; elles fournissent le solvant efficace
que le Rotary offre pour résoudre les problèmes qui divisent l’humanité et
isolent les hommes.
Ce
qui précède semble élémentaire au Rotarien chevronné, mais il doit être
ajouté que les non-Rotariens, aussi, prennent un intérêt permanent pour ce
que les Rotariens ont fait et font pour créer les conditions grâce auxquelles
la paix puisse régner. Leur histoire montre que les Rotariens ont répandu
leurs conceptions internationales et qu’ils n’ont pas hésité à apporter
une influence conciliante. Ce livre s’adresse aussi aux non-Rotariens.
Le
Rotary International est une association de Rotary clubs autonomes et non une
organisation soumise à une activité collective. Il n’embrasse d’autres
causes que celles qui constituent son objet et les doctrines spécifiques qui en
découlent.
Incités
par la perspective de la paix basée sur l’amitié mondiale et par son
effrayante nécessité, les Rotariens ont étudié les techniques de la réalisation
d’une entente parmi les hommes des différentes nations, croyances et couleurs.
En collaboration avec d’autres, ils ont également établi les « Grandes
lignes de la politique du R.I. dans le cadre de l’action internationale »,
politique adoptée par le Conseil Central du Rotary International. Puisque
l’objet de ce livre est de révéler sept aspects de cette politique pour
autant qu’elle concerne le Rotarien, il est opportun de le compléter par
un arrière-plan.
Cette
politique est l’aboutissement d’une recherche laborieuse, le résultat du dépouillement
d’un questionnaire adressé à des Rotariens dans le monde entier. Aux
Rotariens qui se distinguaient par leur intérêt pour l’action internationale,
fut demandé de s’interroger sur leurs sentiments et de préciser leur
position au regard des affaires mondiales. Le but était de faire une synthèse
des opinions en vue de rédiger une déclaration applicable aux hommes de toutes
les nations pour définir la signification de l’attitude internationale du
Rotarien.
Les
réponses au questionnaire réfléchirent de nombreux et différents aspects de
riches expériences. Même à ceux qui sont pourvus d’un esprit international,
les choses ne présentent pas le même aspect quand elles sont vues d’un
village des Andes, du cœur d’un empire ou d’une grouillante cité d’Asie.
Les commissions du Rotary International passèrent de nombreuses heures à
comparer et à coordonner les réponses pour en faire une synthèse permettant
la rédaction d’une déclaration brève et claire.
La
déclaration résultante fait apparaître l’action internationale comme une
affirmation de la souveraineté de l’esprit humain. Cette doctrine implique
une action. Elle s’adresse à ceux qui sont réfléchis, informés et
compatissants et non aux apathiques et aux indifférents.
La
responsabilité individuelle du Rotarien
On
attend de chaque Rotarien qu’il apporte sa contribution individuelle à la
réalisation de l’idéal inhérent au quatrième domaine d’activité
du Rotary.
On
attend aussi de chaque Rotarien qu’il soit un citoyen loyal de sa patrie et
qu’il la serve, dans sa vie quotidienne et privée comme dans l’exercice de
ses activités commerciales et professionnelles.
Tout
Rotarien, quel que soit l’endroit où il habite, devrait chercher, par un
effort personnel, à créer une opinion publique bien informée. Une telle
opinion influera forcément sur la politique des divers états pour développer
la compréhension mutuelle internationale et la bonne volonté envers tous les
peuples.
Ceci,
qui n’est que le début des « grandes lignes de la politique du R. I.
dans le cadre de l’action internationale », vise clairement le Rotarien,
où qu’il puisse être. Suit ensuite une analyse des directions dans
lesquelles chaque Rotarien exercera son influence. Sept chemins sont en effet
recommandés par l’expérience de Rotariens venant de tous les horizons. La
valeur de la réflexion personnelle est renforcée par la camaraderie des
esprits réfléchis. La déclaration n’a aucune prétention d’infaillibilité ;
elle doit s’entendre comme un tremplin, une compétition pour la pensée indépendante.
Pourriez-vous
choisir ces chemins en les faisant vôtres et les suivre pour
l’accomplissement du service qu’ils prescrivent ?
Une
décision d’une telle importance pour soi-même ne peut pas être prise à la
légère. Il y a peu à gagner pour celui qui, parcourant la déclaration,
l’approuve en hochant la tête ou la rejette « a priori », ou bien
encore, l’apprécie à la façon du vicaire qui disait que son œuf était bon
en partie. Lue de cette façon détachée, la déclaration peut être simplement
rejetée.
En
conséquence, ce qui reste de la déclaration sur « La responsabilité
individuelle du Rotarien » n’est pas cité à ce stage. Par contre,
chacun des sept chapitres suivants en concerne une partie. Chacun d’eux est
introduit par le texte de la section appropriée. Un par un, ces sept chemins
sont examinés de près dans le contexte des conditions prédominantes des problèmes
et occasions de servir auxquelles ils conduisent. Le chapitre, en forme de
conclusion, intitulé « Impact » relate des exemples de réalisations
du Rotary, chaque exemple constituant un nouveau poteau de signalisation le long
des chemins menant à la prix parmi les hommes.
Que
les Rotariens et les autres soient attirés, en nombre croissant, vers ces
chemins, et il pourra en résulter une énorme différence dans la vitalité et
l’influence du Rotary. Plus importante cependant est la possibilité pour
toute l’humanité de pouvoir, d’une façon ou d’une autre, éviter les
calamités de la guerre et la destruction de la civilisation elle-même. C’est
pourquoi les Rotariens croient que si le domaine d’action internationale échoue,
il n’y a aucune raison de se soucier des autres domaines d’actions.
Le
dilemme actuel de l’humanité peut être comparé à la situation dans
laquelle l’équipage de Kon-Tiki
s’est trouvé le 7 août 1947. ce jour-là, le courant d’ouest, qui avait
porté le radeau en poutres de balsa et ses six hommes d’équipage au long de
4300 milles à travers le Pacifique, poussa le petit radeau de plus en plus près
des menaçants récifs de Raroïa. Un moment, le vent du nord écarta le radeau
du récif de corail qui restait en embuscade. Le vent tomba ensuite et,
lentement mais inexorablement, le radeau dériva vers le mur de corail. Alors,
le rythme de la mer changea, s’élevant jusqu’à la violence ; l’eau
bouillonnait et les récifs se couvraient d’écume. Le bruit du ressac,
d’abord un grondement sourd, devenait celui d’un roulement de tambour et le Kon-Tiki était toujours entraîné vers les récifs…
Au-delà
de la ligne du ressac, derrière la calme lagune, l’équipage pouvait voir les
îles avec des palmiers. Il n’y avait pas place cependant pour penser à des
îles idylliques, alors que le radeau plongeait vers les récifs. L’équipage
était sans force pour résister à la marée.
Que
le radeau se disloquât et les hommes seraient certainement déchiquetés par
les coraux, mais que le radeau tînt et ils pourraient résister et nager vers
la calme lagune. Que par chance encore la marée roulât le radeau par-dessus
les récifs, alors ils pourraient vivre et raconter leur histoire.
L’allégorie
est claire. L’espèce humaine a porté la civilisation sur un long et pénible
chemin pour, soudainement, la voir menacée d’annihilation par la bombe à
hydrogène. La dérive vers la guerre est certaine, que celle-ci survienne cette
année, l’année prochaine, dans dix ans ou plus tard. Les récifs sont
terribles, effrayants. Existe-t-il un chemin pour les contourner, une voie qui
n’ait pas encore été découverte ? Y a-t-il des équipages suffisants
pour s’opposer à la dérive menant à la destruction ?
Oui,
il y a un moyen, et ce livre est présenté avec l’espoir et la foi qu’il y
a des milliers de mains qui ne se sont pas encore levées, mais que l’on peut
amener, maintenant, à prendre les avirons pour un nouveau et ferme parcours.
1
Le
chemin du patriotisme
« Il
saura voir au-delà des limites du patriotisme national et reconnaître qu’il
a sa part de responsabilité pour faire progresser la compréhension mutuelle,
la bonne volonté et la paix internationales.
« Il
s’opposera à toute conduite qui tendrait à se fonder sur une supériorité
nationale ou raciale ».*
* Extrait des « Grandes lignes de la politique du R. I. dans le cadre
de l’action internationale ».
Un
professeur d’Université de Princeton rappelle la brève connaissance qu’il
fit à San Francisco d’un marin, qui après un long service dans les mers du
Pacifique, revenait chez lui, à Chicago. Apparemment, la magie de la Cité de
la Porte d’Or ne faisait aucune impression sur le garçon. Quand il lui fut
demandé pourquoi il n’aimait pas San Francisco, il réfléchit un moment à
la question et répliqua ensuite, avec conviction : « Eh bien, cette
ville-là n’est pas Chicago ! »
« Le
temps d’un éclair », dit le professeur, « et je sentis que je
venais de comprendre de la nature du nationalisme bien plus que de nombreux et
savants tomes ne m’en avaient jamais appris ».
Respire-t-il
l’homme à l’âme insensible,
Qui
jamais ne s’est dit :
« Là
est mon pays, ma terre natale »,
Qui
jamais ne sentit brûler son cœur dans sa poitrine
Comme,
vers sa maison, il retournait ses pas,
Après
avoir erré sur une grève étrangère ?
Si
respire un tel homme, allez, marquez-le bien.
Pour
lui il n’est pas de Ménestrel qui enchante.
Grands
soient ses titres, glorieux son nom,
Sans
limite soit sa fortune proclamée.
En
dépit de ses titres, de sa puissance, de son butin,
Le
misérable, concentré en lui-même,
Vivant,
perdra sa renommée,
Et,
mourant doublement, retournera
A
la vile poussière d’où il surgit,
Sans
être pleuré, sans honneurs et sans chants.
Ces
inoubliables vers de Walter Scott fournissent le support émotionnel de cette
partie des « Grandes lignes de la politique » qui définissent les prémisses
de l’action internationale. On attend de chaque Rotarien « qu’il soit…
un citoyen loyal de sa patrie et qu’il la serve ». Cette obligation
ne constitue que le corollaire naturel de la devise « Servir d’abord ».
Le
nationalisme, qui est souvent accusé d’étroitesse, n’est pas réellement
étroit originairement ; dans son essence, c’est une attitude large et généreuse
qui ne peut être celle de l’égoïste. Un Rotarien, parlant à une conférence
du Rotary International, rappelait le proverbe latin « Dulce
et decorum est pro patria mori », et continuait :
« Il
faut à l’homme un degré élevé de patriotisme pour qu’il consente à
mourir pour sa patrie, mais il lui faut un degré encore plus élevé de
patriotisme pour qu’il consente à mourir, si besoin est, pour contraindre son
pays à la justice quand son pays a tort. Enfin, à son point culminant, le
patriotisme est celui que nous trouvons dans le principe du Rotary qui concerne
la bonne volonté internationale et la compréhension. Ce patriotisme devient
alors assez fort pour sauter par-dessus les limites nationales et contenir toute
l’humanité ».
En
jetant un regard en arrière sur le long voyage de l’homme à travers les âges,
cette impulsion de sauter par-dessus les barrières locales se découvre d’âge
en âge. Alors qu’il rampait pour s’abriter dans la caverne de sa tribu, le
sauvage primitif illustrait par avance le propos du philosophe Hobbes :
« La vie de l’homme sans la société est pauvre, médiocre, méchante,
brutale et courte ». Quand, pour résister à un envahisseur, les tribus
se soumirent à un commun ordre de bataille, les graines d’un ordre social
plus large étaient semées. Plus tard, il y eut les fossés, les ponts et les
murs pour maintenir les communautés à l’intérieur et les intrus à l’extérieur.
Enfin, avec le développement des communications et l’extension de l’horizon
des intérêts des hommes et de leurs entreprises, les cités et les Etats
commencèrent à s’amalgamer en nations.
Le
processus est rendu de vivante façon dans la pièce de Bernard Shaw,
Sainte-Jeanne, lorsque le comte de Warwick et l’évêque de Beauvais discutent
des voix de la Pucelle, qu’ils sentent une menace pour leurs intérêts féodaux.
Ils s’émerveillent qu’une simple et jeune paysanne puisse voir au-delà de
sa ferme et de son village et concevoir la France comme sa patrie. Et, cependant,
il en fut ainsi, et ses compatriotes se rallièrent ardemment à sa vision.
« L’ordre ancien change, donnant place au nouveau ». Normands,
Bretons, Gascons et les autres se révèlent des Français qui se consacrent à
la Mère Patrie.
D’une
façon similaire un « ordre nouveau » fut exposé par l’étudiante
japonaise, lauréate d’un concours sur la compréhension et la bonne volonté,
concours parrainé par un Rotary club. Elle écrivait :
« Chaque
pays possède un mode particulier de vie, qui s’est établi au cours de sa
longue histoire en s’adaptant aux circonstances naturelles ; un principe
unique ne peut pas s’appliquer à un tel mode de vie. Si, suivant le proverbe,
« chaque homme a son tempérament », chaque pays est destiné à
posséder un caractère particulier… Il est absolument indispensable que tous
les pays comprennent les caractères des uns et des autres, de façon que prospèrent
une bonne volonté et une amitié mutuelles, afin de supprimer les conflits et
les luttes.
« Les
droits humains fondamentaux de l’individu doivent être respectés, même si
l’un d’eux possède une idée différente des nôtres, par le simple fait
qu’il est un homme. De la même façon, la souveraineté d’un pays doit être,
avec raison, respectée, si différent que soit son genre de vie. Attendre la
prospérité et le bien-être d’un pays déterminé, sans égard pour le
bonheur des autres, est une erreur… C’est seulement quand nous établirons
une amitié réelle et solide, basée sur la compréhension généreuse de tous,
que nous pourrons espérer la paix éternelle dans le monde. »
Le
chemin du patriotisme, loin d’embarrasser le Rotarien, lui est proposé comme
le fondement de l’action internationale. Il le conduit vers une connaissance
pus étendue, fondée sur le respect et l’estime mutuels. Dans l’esprit du
Rotarien il n’y a pas plus de contradiction entre le patriotisme et l’esprit
international qu’il n’y en a entre être un bon père de famille et un utile
citoyen de sa ville.
En
fait, l’un peut-il exister sans l’autre ?
Cependant,
certains esprits y voient réellement une contradiction. L’étude de
l’histoire que Gibbon appelle « l’enregistrement des crimes, folies et
malheurs de l’humanité » contribue peut-être à créer ce sentiment.
Il est un genre de patriotisme qui se nourrit de griefs et de craintes, qui
existe principalement pour fomenter la haine et l’hystérie à des fins égoïstes
et que le Dr Johnson définit comme « le dernier recours des gredins ».
La
meilleure protection contre ce genre de patriotisme est fournie par une analyse
plus approfondie de l’orgueil national et de ses conséquences. Le peuple de
notre pays, ou de n’importe quel pays, ne serait-il pas plus heureux et plus
en sûreté si l’ennemi d’aujourd’hui devenait un ami ? Cette
transformation peut se faire et elle s’est faite de façon répétée au cours
de l’histoire.
Pendant
des siècles, les Français et les Anglais furent à couteaux tirés. Par des
guerres acharnées, sur le continent et les sept mers, depuis le désert de
l’Amérique jusqu’aux marais de l’Inde, ils se disputèrent la suprématie
de l’Europe. Plus tard, ils devinrent amis. Aux patriotes restés attardés
aux jours passés, cette amitié peut constituer une incroyable trahison, encore
que les deux pays en aient tiré le bénéfice de la sécurité et de la prospérité.
La plupart des progrès du dix-neuvième siècle ne devinrent possibles que
lorsque l’inimitié entre l’Angleterre et la France fut enterrée.
Preuve
plus convaincante encore : Aimons-nous notre pays en raison de la haine et
de la crainte qu’il inspire aux hommes d’autres nations ? Ou bien,
cette hostilité n’est-elle pas pour nous une source de honte et de chagrin ?
Ne nous glorifions-nous pas de la contribution de notre pays au progrès
spirituel, culturel et matériel de l’humanité ? Le véritable patriote
n’est-il pas celui qui ajoute à la gloire de son pays en étendant ses
devoirs au-delà de ses frontières ?
L’analyse
approfondie permet au véritable patriote d’assurer sa position.
L’authentique patriotisme trouve sa propre justification en regardant au-delà
du patriotisme local, ainsi que le suggèrent les « Grandes lignes de la
politique ». Encore qu’un danger réside dans le processus de la propre
justification. Dans les grandes lignes, un avertissement suit immédiatement :
« Il s’opposera à toute conduite qui tendrait à se fonder sur une supériorité
nationale et raciale ».
Maintenant
la scène s’éclaire. La critique n’est plus à l’extérieur, en la
personne du chauviniste. Dès lors, l’ennemi est découvert ; il vient de
l’intérieur, de cette tendance
humaine à rechercher la supériorité. Il n’est pas facile d’y résister,
tant il est dans notre nature de vouloir avoir raison. Et il est difficile
d’avoir raison sans prétendre être équitable.
Un
Rotarien chinois illustre le mal fait aux relations internationales par les
assertions irréfléchies et prétentieuses de supériorité, et il vise ses
compatriotes aussi bien que les autres. Il qualifie ce mal : « l’un
des principaux facteurs qui freinent le développement de la civilisation,
l’arme secrète de ceux qui veulent diviser dans le but d’asservir ».
La
lette suivante, écrite en 1793 et envoyée par l’empereur de Chine Ch’ien
Lung au roi George III d’Angleterre, illustre un problème universel et vieux
comme le monde :
« O
vous, Roi, qui vivez au-delà des confins de tant de mers, incité néanmoins
par votre humble désir de partager les bénéfices de notre civilisation, vous
avez envoyé une mission portant respectueusement votre message… J’ai lu
attentivement ce message ; les termes sérieux dans lesquels il est rédigé
révèlent une humilité édifiante… ce qui est digne d’éloges…
« Vous
affirmez que la vénération que vous ressentez pour notre céleste dynastie
vous remplit du désir d’acquérir notre civilisation, mais nos cérémonies
et le code de nos lois diffèrent si complètement des vôtres que, même si vos
envoyés étaient capables d’acquérir les rudiments de notre civilisation,
vous n’auriez pas la possibilité de transplanter nos mœurs et nos coutumes
sur votre sol étranger.
« Influençant
le vaste monde, je n’ai qu’un seul but en vue : maintenir un
gouvernement parfait et satisfaire aux devoirs de l’Etat. Les objets étrangers
et coûteux ne m’intéressent pas. Si j’ai ordonné que les présents envoyés
par vous, ô Roi, soient acceptés, c’est seulement en considération de
l’esprit qui vous a dicté de les envoyer d’aussi loin. La majestueuse vertu
de notre dynastie a pénétré dans tous les pays, sous les cieux, et les rois
de toutes les nations nous ont envoyé leurs coûteux tributs par terre et par
mer. Comme votre ambassadeur a pu le voir par lui-même, nous possédons toutes
choses…»
Et
pourtant, nous portons en nous-mêmes cette tendance à proclamer notre supériorité.
Cette suffisance se découvre souvent chez les touristes et chez ceux qui vivent
à l’étranger, dans la réception des immigrants ou dans le traitement des
personnes d’autres races. Les attitudes à peine conscientes de condescendance
ne sont pas moins amèrement ressenties que les assertions brutales de supériorité
nationale ou raciale. Elles sont classées dans le dossier de la colère qui
empoisonne les relations internationales.
Un
Rotarien du Texas et sa femme, qui voyageaient en France, s’arrêtèrent à
une petite auberge de village pour y passer la nuit. La femme qui les reçut
devait avoir entendu parler du Texas car elle sourit d’un air entendu à la
vue du chapeau à large bord porté par l’homme. Quand elle l’entendit dire :
« Ma femme et moi désirons une chambre pour la nuit », elle rougit
et bégaya un peu.
« Vous
avez bien des chambres, n’est-ce pas ? » demanda l’homme.
« Oui, monsieur », répondit-elle, « nous avons bien des
chambres, mais elles ne sont pas modernes
comme vous dites, vous Américains. Elles ne sont pas ce qu’il y a de mieux,
monsieur ». « Madame », dit l’homme du Texas, « dans
le pays d’où nous venons, tout ce dont nous avons besoin c’est d’une
couverture et d’un tas de foin. Nous serions heureux de séjourner chez vous ».
De
cette anecdote, nous tirons un des exemples d’humilité personnelle et de
respect qui facilitent les relations internationales.
Nous
pouvons être aidés vers le chemin du véritable patriotisme en nous rappelant
que, personnellement, nous n’avons que très peu ajouté à ce qui constitue
notre grandeur nationale ou raciale et, qu’individuellement, beaucoup de
personnes d’autres nations ou d’autres races nous ont dépassés par leurs
apports. Par contre, ce qui est en notre pouvoir c’est notre bonne volonté de
servir en développant nos relations avec ces personnes.
Les
Rotariens bénéficient de privilèges particuliers dans le domaine des
relations personnelles. A travers le monde, pour ne citer qu’un exemple, il
existe de nombreux Rotary clubs qui groupent, en leur sein, différentes
nationalités. De nombreux clubs se réclament d’une vingtaine et plus de
nationalités différentes et leur harmonieuse collaboration est considérée
comme un important service rendu au public, pour ne rien dire de ses plus larges
implications pour le genre humain. Comme le conçoit un pionnier du Rotary :
« Si
le Rotary avait été fondé pour servir seulement cette fin, il ne pourrait pas
être un organisme plus parfait. Il ne choque aucune croyance, car toutes les
religions sont également bien accueillies sous ses voûtes. Il n’y a ni
secrets, ni rites mystérieux qui puissent faire naître des doutes dans
l’esprit des non-Rotariens. Enfin, ce qui est des plus heureux, son grand
objectif est la simplicité même : l’entente entre tous les hommes.
Quelle splendide bannière à brandir devant un monde souffrant. »
Il
doit être clairement compris, cependant, que l’abolition des différences
nationales, religieuses et culturelles n’appartient pas au programme du
Rotary. Au contraire, les diversités de l’expression humaine sont considérées
comme une raison de se réjouir et non comme un obstacle à la compréhension et
à la collaboration. Dans un monde qui se rétrécit à chaque seconde, comme il
serait triste de réduire les glorieuses variétés de la terre à une grise
uniformité ! Le plus clair du plaisir – eh oui, de l’amusement même
– du Service international se trouve dans la découverte et la délectation de
ces chères différences.
Ceci
n’est pas pour minimiser les problèmes créés par ces différences, car,
dans plus de cent pays et régions géographiques, les Rotariens ont de bonnes
raisons de connaître ces problèmes. D’Afrique du Sud, nous vient
l’histoire d’une initiative rotarienne qui a pour origine cette question de
différences, et il s’agissait, par surcroît, d’une situation dangereuse.
Un mercredi qui avait suivi de sérieuses émeutes dans les villes avoisinantes,
le Rotary club avait pris ses dispositions pour parrainer un concert donné par
les lauréats d’un festival de musique bantoue. Un des prix devant être décernes
était un cadeau envoyé par un Rotarien de Grande-Bretagne et, en raison des
circonstances, la question se posait de savoir si les Rotariens devaient
assister au concert accompagnés de leurs femmes. Après réflexion, cependant,
les membres du club, considérant les progrès qui avaient été réalisés dans
les relations locales à l’occasion des élections municipales, des clubs
sportifs et, grâce aussi à la recherche sérieuse de la solution du problème
de l’habitation, se décidèrent. Ils vinrent en force au concert, avec leurs
familles. Cette initiative fut largement récompensée. Dans son discours de clôture,
le président africain demanda à son important auditoire, également africain :
« Qu’est
donc ce mouvement rotarien et comment se fait-il qu’un Rotarien de
Grande-Bretagne ait envoyé une coupe ? Ces Rotariens croient qu’ils
doivent travailler pour établir de meilleures relations raciales à travers le
monde, et nous, Africains, voyons de nos propres yeux comment un groupe
d’Européens vit suivant cette croyance. Nous, Africains, devons aider ces
hommes dans leur tâche. Nous progressons sans violence. Nous n’avons pas
besoin de la violence. »
« Progresser
sans violence ! » Aucun homme d’aucun pays peut-il exprimer un
souhait plus patriotique ?
Le
chemin du patriotisme est un chemin vers la paix : il fournit à tous les
Rotariens, de tous les pays, des occasions de servir d’une façon personnelle
et tangible. Chaque jour surgissent des incidents qui mettent à l’épreuve le
vrai patriote, pour lui faire déclarer son interprétation du nationalisme
comme un mode d’existence large généreux. Pour lui, les fêtes nationales ne
constituent pas des occasions de forfanteries d’une vaine gloire, mais le
rappel de sa responsabilité dans l’aide qu’il doit apporter à l’établissement
du respect de tous les peuples. Il utilisera tous les moyens que lui fournissent
les relations dont disposent les Rotariens pour réaliser l’amitié entre tous
les peuples, de toutes les nations et de toutes les races, car là résident
l’espoir et la gloire de son propre pays bien-aimé.
2
Le
chemin de la conciliation
« Il
recherchera et cultivera des terrains d’entente qui permettent de se mettre
d’accord avec les habitants d’autres pays ».*
* Extrait des « Grandes
lignes de la politique de R. I. dans le cadre de l’action internationale ».
Au
cours du congrès du cinquantième anniversaire du Rotary International, un secrétaire
d’Etat des Affaires étrangères du Canada racontait ainsi une visite qu’il
fit à la frontière afghane :
« Arrivés
là, nous trouvâmes la route barrée par une chaîne. D’un côte se trouvait
une sentinelle afghane et, de l’autre, une sentinelle pakistanaise. La
sentinelle afghane était armée jusqu’aux dents et je n’étais pas très sûr
de ce qui arriverait si je traversais la frontière. Aussi, restant
ostensiblement sur le territoire pakistanais, je tendis la main à la sentinelle
afghane et lui souris. Elle posa son fusil sur un rocher et me répondit, à son
tour, par un large sourire en m’invitant à franchir la chaîne. Ce que je fis,
et je lui serrai alors chaleureusement la main.
Le
Rotary invite et aide tous les hommes à franchir la chaîne du préjugé et de
l’orgueil nationaux et à serrer chaleureusement la main de chacun. Ainsi
puisse-t-il se développer, s’épanouir et prospérer pour l’accomplissement
de cette grande tâche. »
Sourires
et poignées de mains sont les passeports universels de la compréhension. Ils
relâchent les tensions et créent une atmosphère qui facilite la solution des
conflits. Cependant, seuls par eux-mêmes ils ne les résolvent pas. Les gens réfléchis
se demandent, avec une sincérité passionnée, comment amener les nations
soumises à des genres de vie et à
des gouvernements différents à satisfaire leurs aspirations sans avoir recours
à la violence.
Une
fable révèle la raison profonde de quelques-uns des obstacles à la
conciliation. Elle met en scène un ange qui serait apparu à une conférence
« au sommet » de grandes puissances. L’ange annonçait que le ciel
était des plus affligé par leurs désaccords.
« Le
mal », dit l’ange, « réside dans le fait que chacun de vous peut
opposer son veto à ce que veulent les autres ; aussi ai-je reçu des
instructions pour accorder, à chacun de vous, la réalisation d’un souhait,
mais d’un souhait dont les autres ne pourront pas empêcher la réalisation ».
Un
de représentants répondit aussitôt : « Je souhaite qu’un
raz de marée engloutisse entièrement votre pays ! »
« Parfait ! »
s’exclama le diplomate suivant, « si vous le prenez sur ce ton, je
souhaite que la peste s’abatte sur vous et extermine votre peuple ».
Il
y eut un silence, puis le céleste visiteur se tourna vers le troisième délégué.
« Tout
ce que je veux », fit tranquillement ce dernier, « c’est une bonne
tasse de thé, mais, de grâce, servez d’abord ces messieurs ».
Cette
fable ne reflète-t-elle pas le procédé habituel aux nations, grandes et
petites, dans la recherche de la conciliation ? Sans aller jusqu’au
souhait de l’extermination physique de l’autre partie, il est toujours
tacitement entendu que celle-ci doit abandonner ses buts et ses principes pour
rendre l’accord possible. D’une façon générale, cette façon d’agir
sous-entend un monde dans lequel chaque nation pourrait agir seule, si nécessaire,
et surmonter ses difficultés avec les autres nations en les ignorant purement
et simplement.
« Il
recherchera des terrains d’entente qui permettront de se mettre d’accord
avec les habitants d’autres pays ». Ceci n’implique pas l’espoir
qu’aucune nation devra se transformer à l’image d’une autre. Le problème
consiste à examiner objectivement les conditions qui prévalent, les besoins et
les aspirations de tous les peuples intéressés. On n’attend d’aucune des
parties qu’elle abandonne ses principes et ses buts pour réaliser l’entente ;
au contraire, chacun doit rechercher la justification de ses buts dans les
profits communs qui doivent résulter naturellement d’une collaboration. Cette
attitude présume que les autres nations, loin d’être considérées comme des
entités lointaines que l’on peut mépriser, sont des peuples comme nous-mêmes
et que, en raison de cette similitude, des accords, solutions et règlements
peuvent être trouvés ou créés qui soient profitables à tous les intéressés.
Trop
idéaliste ? Pas du tout. L’histoire abonde d’exemples qui témoignent
du réalisme de cette recherche. Pendant des siècles, musulmans et chrétiens
se sont battus pour imposer leur suprématie. Aucun des deux groupes n’a
abandonné ses buts, mais le conflit a été, pratiquement, remplacé par une
tolérance mutuelle dans la poursuite d’autres intérêts. Pendant tout le XIXe
siècle, la Russie et la Grande-Bretagne ont été engagées dans une guerre
froide prolongée, mais les première et seconde guerres mondiales les ont trouvées
côte à côte. Les belligérants de la seconde guerre mondiale sont, dans
plusieurs cas, devenus des amis intimes.
Les
tentatives faites par les belligérants eux-mêmes peuvent aussi influencer les
résultats. Deux voisins se querellaient qu sujet de l’emplacement d’une clôture
mitoyenne. L’un deux finalement, de guerre lasse, vendit sa propriété. La
vente réalisée, il exposa le problème au nouveau propriétaire, en lui disant :
« Vous aurez des difficultés avec votre voisin ; il croit que la clôture
doit empiéter de 1 m. 50 sur vos terres, préparez-vous à un procès ».
Le nouveau propriétaire emménagea. Immédiatement son voisin vint le trouver
et, les yeux fulgurants, l’avertit : « Vous devez déplacer
cette clôture qui se trouve à 1 m. 50 à l’intérieur de mon terrain. Faute
de quoi je vous ferai un procès ! »
« Cela
ne sera nullement nécessaire », dit le nouveau propriétaire, « j’ai
déjà entendu parler de votre réclamation ; aussi, placez donc la barrière
où vous pensez qu’elle doive se trouver et ce sera très bien ainsi ».
Sans comprendre, le voisin se calma et s’éloigna en balbutiant d’une façon
incohérente. La barrière ne fut jamais déplacée…
Dans
de nombreuses situations critiques, les Rotariens ont démontré la valeur de
cette attitude. Une contestation de frontière, restée sans solution pendant
150 ans et qui avait été la cause de trois guerres entre l’Equateur et le Pérou,
constitue peut-être le cas le plus remarquable. A un moment crucial, des
Rotariens des deux pays insistèrent auprès de leurs gouvernements respectifs
et obtinrent l’autorisation de tenter de parvenir à une conciliation. Trois
Rotariens, désignés par le président du Rotary International, se rencontrèrent
en territoire neutre et, en quatre jours et demi, mirent au point une solution
qui fut adoptée par la suite par une conférence panaméricaine.
La
guerre Chaco prit fin grâce, en partie, aux efforts de Rotariens de pays belligérants
et du Chili. Les violentes tensions le long de la frontière de l’Uruguay et
du Brésil se détendirent grâce à l’influence de Rotariens des deux pays
qui résidaient près de la frontière. Plus récemment encore, des Rotariens de
Costa Rica et du Nicaragua, grâce à une campagne de visites amicales et à la
correspondance entretenue avec des non-Rotariens, aidèrent à prévenir un
conflit entre leurs pays. L’angoisse provoquée par la division de l’Inde et
du Pakistan restera longtemps dans les mémoires. Des hordes de réfugiés sans
foyer erraient dans les campagnes et l’anarchie menaçait. La restauration de
l’ordre fut due principalement à l’action de personnalités privées dont
beaucoup étaient des Rotariens. En tant qu’organisation dans laquelle Hindous
et Musulmans se fréquentaient, les Rotary clubs créèrent des comités de
conciliation qui firent parcourir les rues par des patrouilles formées de
personnalités musulmanes et hindoues. Celles-ci tinrent des réunions et demandèrent
aux gens d’abandonner leur attitude incendiaire et de résoudre leurs communes
difficultés.
Cependant,
la plupart des Rotariens n’ont pas l’occasion de suivre le chemin de la
conciliation dans l’aussi tragiques circonstances. Grâce, toutefois, à leurs
relations personnelles et à leurs échanges de vues avec les Rotariens de leur
propre club ou de clubs éloignés, ils sont à même de rechercher des terrains
communs d’entente. Ainsi, tout Rotarien peut utiliser les facilités du Rotary
pour étudier, avec les hommes de bonne volonté, les besoins réels et les
aspirations de leurs compatriotes. Ayant trouvé quels sont les intérêts
vitaux, la découverte des moyens de les satisfaire, sans causer de torts aux
intérêts vitaux des autres nations, peut être entreprise. Pendant ce temps,
les idées originales et la poursuite constructive d’accords peuvent être
partagées avec les habitants de la ville.
Il
est clair alors que ceux qui voudraient suivre le chemin de la conciliation
doivent posséder imagination et ingéniosité. Il faut avoir la témérité de
s’imaginer une sorte de ministre des Affaires étrangères investi de la
responsabilité des relations internationales de son propre pays, mais, par
contre, libre des pressions dont sont normalement l’objet les authentiques
ministres des Affaires étrangères. Le défi consiste à considérer chaque
problème international d’après ses éléments objectifs et sous tous
ses aspects. Pouvez-vous discerner une solution que vous pourriez recommander à
vos compatriotes ?
Cette
promotion de nous-mêmes à un tel rôle n’est, en réalité pas difficile.
Chacun le joue inconsciemment en lisant les journaux ou en regardant les films
d’actualité. Il est beaucoup plus difficile, cependant, d’imaginer la
quantité de facteurs qui affectent toute situation ou tout problème donné.
Quiconque se livre à l’étude la plus superficielle du problème des
relations internationales est effrayé par leur complexité. Il peut, en tout état
de cause, sympathiser avec le ministre des Affaires étrangères qui tergiverse
ou hésite dans l’établissement d’une politique, en devant faire face à
des considérations telles que : défense nationale, problèmes économiques,
opinion publique, pour choisir entre des propositions diverses mais toutes,
exclusives les unes par rapport aux autres. Toute action positive, quelle
qu’elle soit, rencontre toujours l’opposition d’une personnalité sinon
d’un groupe.
La
complexité des problèmes internationaux présente cependant un côté heureux.
Les propositions concurrentes tendent à s’ensemencer réciproquement et à
faire naître de nouvelles idées. Que toutes les nations soient prisonnières
d’alternatives concurrentes a pour corollaire que chaque nation est capable de
persuasion pour autant que ces alternatives aient été suffisamment étudiées
et soient susceptibles de se compléter. En bref, les relations internationales
ne se traitent pas avec des entités monolithiques. Les
nations sont des communautés humaines.
L’envergure
mondiale du Rotary permet à chaque Rotarien d’apporter une contribution
substantielle à cette méthode d’analyse et de recherche d’ententes. Il règne,
à l’intérieur du Rotary, une franchise qui peut manquer dans les relations
au niveau des sphères officielles. Sous ce rapport, un Rotarien, sondant un
problème avec un Rotarien d’un autre pays, peut se faire une opinion plus
nuancée des désirs réels de ce pays. En même temps, la désillusion provoquée
par les déclarations verbales non suivies d’actes appropriés lui est épargnée.
Au lieu de ressentir une impression de mauvaise volonté, il comprendra mieux.
Un
autre avantage qui découle de la complexité des affaires internationales réside
dans la possibilité constante de solutions techniques.
Nous
vivons un âge technique. On peut reprocher à la science d’être la source de
bien des difficultés qui sont nôtres, mais la science ne s’arrête jamais à
un échec dans sa recherche des réponses. Dans l’établissement d’une
solution au problème international du contrôle de l’énergie atomique, aucun
groupe ne s’est montré plus résolu que les savants mêmes qui créèrent la
bombe.
Examinons,
par exemple, le cas des droits de l’utilisation de l’eau au Punjab. La ligne
frontière coupe le bassin de l’Indus en plaçant la plupart des canaux dans
le Pakistan et les sources et les installations de contrôle et de régulation
des canaux dans le territoire indien. Les conflits ayant pour cause
l’utilisation des eaux constituèrent l’un des plus sérieux problèmes qui
aient divisé les deux nations. C’est alors que les ingénieurs vinrent,
porteurs d’un projet d’utilisation des eaux perdues pouvant satisfaire les
deux pays. Et l’un des ingénieurs put dire : « C’est le raisonnement
qui compte ». Amener les gens à regarder un canal comme un canal, problème
de génie civil et non pas comme sujet de controverse politique, voilà ce qui
compte.
« Rechercher
et cultiver des terrains d’entente qui permettront de se mettre d’accord
avec les habitants d’autres pays » implique la volonté de
s’orienter dans le canevas souvent inextricable de la pensée des autres
nations, et la résolution d’étudier toutes sortes de solutions techniques
compliquées. Le mot-clé dans ce contexte est « cultiver ».
Cultiver implique effort et temps. Un
certain nombre de conflits internationaux se discutent depuis des années sans
grand résultat, et l’opinion publique, principalement dans les pays
directement intéressés, tend à devenir impatiente. On avait laissé espérer
des solutions rapides et adéquates, mais rien n’est venu. Pourquoi ?
La
réponse à cette question peut être trouvée, partie, dans le système
d’information dont dépend le public et, partie, dans la méthode de négociation
elle-même.
Disons,
qu’en général, la conférence constitue le procédé orthodoxe de négociation qui
consiste à rassembler les personnes intéressées autour d’une table . .
. La séance commence . . . Derrière chaque délégué national, se trouve un
petit groupe d’experts qui représentent des personnages officiels absents
mais non moins intéressés pour autant aux résultats des négociations. Un peu
à l’écart, siègent des rangées de spectateurs, également intéressés et
venus de tous les milieux pour des motifs qui s’échelonnent des plus sérieux
aux plus futiles. Les représentants de la presse sont là, les projecteurs de
la télévision s’illuminent et les réseaux de radiodiffusion portent chacune
des syllabes prononcées aux confins de la terre. Presto ! Le rêve des
hommes d’Etat se matérialise : « la diplomatie sur la place
publique ».
Ce
rêve est né du ressentiment provoqué par le caractère cynique des négociations
secrètes. On crut que l’honnêteté des négociations serait garantie en
soumettant les tractations entre nations à la vue de public. En outre, le
peuple avait le droit de savoir.
Ce
tableau idyllique cachait cependant d’imprévues tentations. Le diplomate
transformé en délégué se révèle souvent un propagandiste ardent, usant de
tirades enflammées et de subterfuges, plus ou moins subtils. S’il montre la
plus légère tendance à s’entendre avec un contradicteur, il risque, alors,
d’être accusé, par quelque éditorialiste indigné ou par quelque adversaire
politique, de faire des concessions. Dans ces conditions, seul un homme d’Etat
de la taille de Churchill oserait demander le retour à la diplomatie secrète.
Sir Winston déclarait en une certaine occasion :
« Cette
conférence ne doit pas être soumise à un ordre du jour trop minutieux ou trop
rigide ; elle ne doit pas non plus être conduite à travers des
labyrinthes ou la jungle de détails techniques contestés avec zèle par
d’encombrante hordes d’expert et de fonctionnaires. La conférence doit être
limitée au plus petit nombre possible de personnes et de pays. Les
interlocuteurs doivent se réunir en privé, sans formalités, dans la solitude.
« Il
est possible qu’aucun accord sérieux et rapide ne soit atteint, mais parmi
ceux qui se réunissent, le sentiment général pourra naître qu’il y a
vraiment mieux à faire que de mettre l’humanité en pièces, eux compris ».
Ce
conseil ne fournit-il pas quelque espoir de déplacer l’obstacle qui obstrue
actuellement le chemin de la conciliation ? Les partisans de la diplomatie
secrète invoquent l’argument que celle-ci libère l’opinion publique de la
confusion et de l’incertitude, fruits de la « diplomatie sur la place
publique » ; elle éloigne aussi la menace de l’annonce d’une
nouvelle crise dans chaque manchette des journaux.
D’un
autre côté, le public a le droit d’être informé et celui d’être présent
lorsque son sort est débattu. Les défenseurs de la « diplomatie sur la
place publique » prétendent, de plus, avec une égale vigueur, que la
pression des participants a pour effet d’élever le niveau des hommes d’Etat
et, qu’à la longue, elle fournira le meilleur espoir d’une diplomatie de
peuple à peuple.
L’audacieux
– et il est clair qu’il doit l’être – qui voudrait suivre le chemin de
la conciliation, doit aussi posséder la patience. La patience tempère
l’impulsion de la conviction par le calme qui est sa marque et la grâce
salvatrice du bon sens. Elle tient l’imagination en éveil pour s’efforcer
de comprendre le point de vue d’autrui et pour examiner les problèmes
techniques difficiles. Par-dessus tout, la patience est nécessaire pour tenir
compte, aux étapes délicates des négociations, des objections du public qui
craint d’être trahi et prétend n’accepter rien d’autre que des solutions
parfaites.
La
véritable nature de la recherche de terrains communs d’entente exclut
d’emblée la possibilité de l’existence de solutions parfaites. Aucune
reddition inconditionnelle, aucune victoire de l’un ou de l’autre ne peuvent
être attendues. Il y a peu à gagner de l’obtention des voix si l’effet en
résultant est d’isoler une minorité pour en accroître la résistance.
La
tâche du conciliateur consiste à proposer des solutions différentes fondées
sur les points d’accord qui peuvent être trouvés grâce aux efforts de compréhension
empreints de sympathie.
Beaucoup
de gens sont enclins à considérer cette tâche comme une besogne de mécaniciens,
un travail de précision comme celui qui consiste à monter une machine. Plus adéquats
peut-être sont les dons du jardinier qui sait qu’il ne peut que cultiver le
sol ou modifier l’atmosphère pour assurer la fertilité. Il doit, en se
conformant à la nature, élaguer un peu ici et fertiliser un peu là. Des mécaniciens,
armés de dessins, ne pourraient faire que bien peu pour transformer un désert,
mais un jardinier patient, conscient de ses limites, peut, lui, obtenir des résultats.
« Une
des plus impressionnantes illustrations des possibilités de la coopération
internationale », écrivait un Rotarien, « est fournie par ces
jardins où les plantes, arbustes et arbres de toutes les parties du monde prospèrent
et fleurissent côte à côte en parfaite beauté et harmonie, en créant cette
atmosphère dans laquelle il est généralement admis que l’homme se trouve
plus près de son Créateur.
« Il
y a beaucoup de sagesse à étudier dans un jardin, et le véritable
commencement de cette sagesse est la réalisation que tous les
résultats finaux dépendent de la préparation convenable du sol. Il en
est ainsi avec le Rotary. La pax mondiale et la stabilité sont la récolte que
nous attendons. Les graines à semer sont : la camaraderie et l’amitié,
la compréhension, la bonne volonté et la bonne foi. Le sol : les esprits
et les méthodes de penser des Rotariens ; mais, première en importance,
vient d’abord la préparation du sol… »
3
Le
chemin de la liberté
« Il
défendra l’autorité de l’ordre public pour sauvegarder la liberté
individuelle, la jouissance pour chacun de la liberté de pensée,
d’expression et de réunion, le droit d’être à l’abri de la persécution,
de l’agression, du besoin et de la crainte ».*
* Extrait des « Grandes lignes de la politique du R. I. dans le cadre
de l’action internationale ».
La
liberté est un élément fondamental de la société civilisée ; elle est
l’un des principes proclamés par la plupart des gouvernements
d’aujourd’hui. Plus de mots ont été écrits et prononcés à propos de la
liberté que sur la plupart des sujets, et pourtant peu de principes ont
souffert davantage entre les mains d’hommes qui, consciemment ou
inconsciemment, l’ont utilisée ou l’utilisent comme instrument idéologique
à des fins égoïstes.
Les
implications politiques, économiques et religieuses de la liberté doivent être
laissées à de plus gros volumes et à de plus philosophiques discussions, mais
il faut souligner le profond attachement des Rotariens à la cause de la liberté.
Par leurs actes et par la parole, ils ont fait connaître leur position.
L’importance
que les Rotariens attachent à la liberté est clairement démontrée par la
part qu’ils lui réservent dans les « Grandes lignes de la politique du
R. I. dans le cadre de l’action internationale ». Précédant la déclaration
qui est faite avec le plus de force et qui est citée au début de ce chapitre,
se trouve une définition complète de ce que les Rotariens entendent par
« liberté ».
« L’idéal
de servir qui est celui du Rotary ne trouve son expression que là où existent
la liberté individuelle, la liberté de pensée, d’expression, de réunion et
de religion, le droit d’être à l’abri de la persécution, de l’agression,
du besoin et de la crainte.
« La
liberté, la justice, la vérité, le respect de la parole donnée et le respect
des droits de l’homme sont inhérents aux principes du Rotary et sont également
essentiels au maintien de la paix internationale et au progrès de l’humanité. »
Pourquoi
cette emphase délibérée ? Elle ne peut s’expliquer que par
l’importance que les compilateurs des « Grandes lignes », fortifiés
par leurs consultations avec les Rotariens de nombreuses parties du monde,
attachent au principe invoqué. La liberté de l’individu, sa dignité et la
liberté de pensée sont fondamentales pour les Rotariens. Lorsque la liberté
disparaît, l’ordre et le progrès disparaissent avec elle.
Entre
les deux guerres mondiales, avec la multiplication des gouvernements
totalitaires en Europe et en Asie, les Rotary clubs sont devenus des cibles pour
la persécution. Dans un certain pays, une politique d’enrégimentement
totalitaire a conduit au démantèlement des Rotary clubs. Dans un autre, des
Rotariens furent jetés en prison pour « pensées dangereuses »,
sous prétexte que leur appartenance à une organisation à étiquette
internationale était suspecte. Dans un troisième pays, le Rotary fut supprimé
en raison de ce qu’une nouvelle philosophie politique avait triomphé de la
« pensée individualiste » -- défaut structural de toute une époque
– et l’avait remplacée par la « pensée communautaire consciente ».
L’intégrité
du Rotary fut mise loyalement et ouvertement à l’épreuve en congrès annuel,
seul endroit et seul moment où l’organisation entreprend une action concertée.
C’est ainsi qu’au congrès de 1940, qui s’est tenu à La Havane (Cuba),
une résolution déclara que :
« Là
où la liberté, la juste, la vérité, le respect de la parole donnée et le
respect des droits de l’homme n’existent pas, le Rotary ne peut vivre, ni
ses idéaux prévaloir ».
Bien
que le Rotary ne connaisse ni secrets, ni rites, ni monolithisme doctrinal, il
est en fait un symbole de liberté pour les dictateurs. Battre en retraite plutôt
qu’avancer devint l’ordre du jour dans les pays où les gouvernements
totalitaires reconnaissaient dans le Rotary une organisation qui ne pouvait pas
être contrôlée pour des fins de propagande et de persécution. Avant qu’éclatât
la seconde guerre mondiale, le Rotary était déjà, dans plusieurs pays, la
cible des directives officielles.
En
dépit des obstacles fournis par les raids diurnes, le « black-out »
et les bombes volantes, de nombreux Rotary clubs continuèrent à tenir leurs réunions.
Chercher leur chemin à travers les ruines fournissait aux Rotariens un simulant
à la méditation et à l’esprit d’entraide. Durant le « blitz »
même, le Rotary club de Londres forma plusieurs nouveaux clubs sur le
territoire qui lui avait été originairement assigné. Dans le monde entier, de
vastes réalisations internationales furent menées à bien pour venir en aide
aux victimes de la guerre, aux prisonniers, et pour améliorer les conditions
d’existence des troupes venues de lointaines contrées. Le tableau le plus
dramatique, peut-être, du Rotary dans un monde en guerre, est fourni par le
rapport du témoin oculaire d’une téunion du Rotary qui se tint pendant
l’invasion d’une île.
Dans
la semi-obscurité d’un tunnel empesté, un groupe de sept Rotariens se réunirent,
entourés de blessés se tordant dans leur agonie. Le seul civil, parmi eux, était
le président du club qui s’était évadé … dans une barque. Il ouvrit la séance
en frappant sur la table avec le marteau de séance – c’est-à-dire avec la
crosse du pistolet qu’il avait saisi au soldat le plus proche – et
s’adressa à l’auditoire en lui rappelant l’ordre du jour.
Ainsi,
face à la lutte et à l’extermination, il restait le souci pour quelque chose
qui signifiait « liberté ». Certains Rotary clubs continuèrent à se réunir
secrètement, sous des noms d’emprunt. L’un d’eux, par exemple, devint,
pour la circonstance, une chorale et s’intitula « coq de bruyère »
… animal qui ne chante pas. Un autre se réunissait régulièrement dans un
restaurant fréquenté par des officiers ennemis. Les archives de nombreux
Rotary clubs furent saisies, et au moins un de leurs présidents fut emprisonné
sous l’inculpation d’être Rotarien.
Le
retour à la paix vit une résurrection rapide du Rotary dans les pays où il
avait été supprimé. L’impétuosité avec laquelle les clubs cherchèrent la
restauration de leurs chartes peut être en partie attribuée à la position
prise par les Rotariens au congrès de 1940 à La Havane. Il était évident
qu’aussitôt que les conditions redeviendraient normales, rien ne devrait
retarder le retour à la camaraderie et au service volontaire. La très
regrettable absence de Rotary clubs dans certains pays n’est pas le fait
d’une décision du Rotary International ; ce sont les conditions régnant
dans ces pays qui excluent le Rotary.
Il
est manifeste que le Rotarien a une raison toute particulière d’être attiré
vers le chemin de la liberté : la sauvegarde même du Rotary. Cette
raison, à côté de nombreuses autres qui lui sont chères, constitue celle à
laquelle il est le plus attaché. Jamais dans l’histoire humaine position ne
fut plus clairement définie. Entre l’âge noir du despotisme et l’âge
d’or de la liberté, chaque homme doit choisir, et, ce faisant, il lui
arrivera souvent de découvrir que les ennemis de la liberté sont « ceux
de sa propre maisonnée ». La bataille ne se livre pas seulement le long
de frontières nationales. Il y a une cinquième colonne à l’intérieur,
peut-être dans son propre cerveau …La tentation existe de défendre la liberté
en la refusant à ceux qui semblent la bafouer.
Rendant
visite, à Rome, au premier ministre de Gasperi, qui habitait un appartement
sans prétention, quelqu’un fut scandalisé par les hurlements d’un
phonographe venant d’un appartement voisin. C’était « Giovinezza »,
l’hymne fasciste, la marche du parti qui avait emprisonné de Gasperi et réduit
sa famille à la famine.
Le
premier ministre hocha la tête amèrement : « C’est la
comtesse », expliqua-t-il. « Elle essaie de distraire mon ennui et
ma solitude en jouant ses disques. Jusqu’à maintenant elle ne les jouait
qu’à partir de sept heures, sachant que c’était l’heure où je me levais
pour aller au bureau et, à nouveau, le soir à neuf heures, quand je rentrais
pour dîner. Mais, depuis ma maladie,
c’est toute la journée qu’elle joue maintenant « Giovinezza »,
« Aux Armes », « L’Hymne à Rome », « L’Empire ».
—
Vous devriez porter plainte.
—
Je l’ai fait, répliqua de Gasperi. J’ai même écrit une lettre au premier
ministre de Gasperi, lettre signée par moi-même et toute ma famille. Mais le
premier ministre de Gasperi m’a répondu que « chef d’un gouvernement
libre, il était tenu de respecter les libertés individuelle, y compris le
droit de jouer ses airs favoris, et qu’en conséquence il ne pouvait
intervenir dans aucune affaire privée entre citoyens ».
Jusqu’où,
alors, doit ou peut aller une société libre en donnant la prééminence à la
liberté individuelle ? Pour illustrer leur réponse, les instituteurs
disent souvent à leur élèves : « Votre liberté individuelle
s’arrête où la liberté de votre camarde commence ». Mais où se situe
la limite ? A quel point la liberté individuelle doit-elle être subordonnée
à la volonté de groupe ?
Que
signifie donc « liberté » dans les diverses régions du monde ?
A
la fin de la seconde guerre mondiale, un correspondant américain assistait à
un déjeuner auquel plusieurs Russes étaient présents. Lui-même se trouvait
assis entre un photographe militaire et un interprète
russes. Le photographe relatait les exploits de l’armée russe quand, se
tournant vers l’interprète, l’Américain lui dit : « Demandez-lui
donc quelle est, à son avis, la signification de cette guerre ».
L’interprète
posa la question au photographe et la réponse arriva comme un éclair : « Svoboda », dit le Russe (« Liberté »), semblant
ajouter « in petto » : « Ne le savais-tu pas, pauvre type ? »
« Demandez-lui
donc ce qu’est la liberté », reprit l’Américain.
« La
liberté », répondit le Russe, d’abord hésitant, puis décidé,
« La liberté c’est savoir comment aider son prochain ».
Dans
le monde entier, dans d’innombrables lieux où les hommes luttent pour la
liberté, les fruits de la liberté ont été confisqués par des hommes dont
les actes contredisent leurs apparents soucis. En admettant que la question se réclame
en partie de la sémantique, il est de fait que, pour une centaine de peuples
différents, la liberté signifie cent choses différentes.
La
difficulté de la définition se révéla lorsque les représentants de 58
nations unirent leurs efforts pour approfondir la signification de la liberté.
S’aidant des plus fameux documents, archives de luttes pour la liberté, ils
passèrent au crible l’histoire et la tradition. Pendant plus de deux années,
ils discutèrent sur le sens des mots et sur leurs implications. Bien qu’en
fin de compte, la « Déclaration des droits de l’homme »,
conclusion de leurs travaux, ait été approuvée par 48 nations sans opposition
(10 nations s’abstinrent), la discussion est bien loin d’être close.
Pour
le Rotarien qui voudrait « se faire le champion du respect de la loi et de
l’ordre » afin de protéger la liberté de l’individu, la « Déclaration
universelle des droits de l’homme » constitue une aide précieuse. Le
Rotary International se compte au nombre des premières organisations qui
distribuèrent à leurs clubs des exemplaires de la Déclaration comme sujet
d’étude. Dans de nombreux pays, les Rotary clubs ont organisé des débats
entre leurs membres. Des études faites par des commissions d’Actions
internationale furent publiées sous forme de brochures. D’innombrables
stations de radio diffusent les réunions rotariennes d’études sur le thème
des droits de l’homme. Des écoles furent invitées à organiser des concours
de rédaction récompensés par des prix décernés par des Rotary clubs. Enfin,
l’anniversaire de l’adoption de la Déclaration (10 décembre) est célébré
de différentes façons.
Tandis
que les champions de la liberté font grand usage de la Déclaration comme moyen
éducatif pour définir et affirmer le concept de liberté, d’ultérieures
tentatives faites pour assurer le respect de la loi à l’aide d’une
convention internationale et de mesures d’applications appropriées ont soulevé
l’inquiétude de certains. Une première objection est que certaines nations
sont, tant par leur législation intérieure que par le consentement populaire,
allées plus loin que d’autres dans la concession de différentes formes de
liberté. Dans ces conditions, adhérer à une réglementation officielle qui
serait acceptable pour toutes les nations reviendrait à les réduire toutes au
plus petit commun dénominateur.
Etre
acceptable par tous signifie probablement ne l’être pour personne. La réglementation
d’une liberté ainsi diluée ne pourrait, en réalité, qu’affaiblir les
garanties existantes des droits de l’homme dans certains pays.
Les
Rotary clubs, qui ont témoigné de leur vigilance en attirant l’attention sur
ce danger, suggèrent également que l’opinion publique de la communauté
constitue le facteur critique de la protection de la liberté. Les accords
internationaux sur les définitions de la liberté et les procédures
d’application corrélatives n’ont pratiquement aucune signification si
l’ensemble de la communauté intéressée ne possède ni la capacité ni le désir
de comprendre la signification de la liberté.
Les
Rotary clubs constituent un forum où la liberté et les droits de l’homme
peuvent être discutés sans réserve. De ces discussions, les Rotarien peut
former son jugement personnel qui résultera des principes du Rotary, des
conditions particulières à sa propre localité, de ses propres sentiments et
de ceux de ses amis. Suivant les conditions du lieu où
il se trouve, il prendra ou ne prendra pas part à la défense des principes
de la liberté. Il n’existe aucune possibilité d’établir une réglementation
internationale pour sauvegarder les droits de près de trois milliards
d’individus. Le problème ne peut, en conséquence, se traiter qu’au niveau
de la communauté locale et c’est là, dans sa propre ville, que l’influence
de Rotarien peut s’exercer le plus utilement.
La
réunion hebdomadaire du club est un des bastions de la défense de la liberté :
la liberté d’expression. Là, dans l’atmosphère amicale du Rotary, se
trouve la place idéale pour des échanges de vues.
Bien
sûr, la controverse, principalement dans le domaine des questions
internationales, présente des difficultés, voire des dangers, mais n’est-ce
pas un des buts du Rotary de remplacer la passion politique par le désir de se
comprendre ? Nous ne pouvons éviter ces controverses. La possibilité de
les affronter constitue précisément la mesure du climat du club.
« J’adore
le murmure étouffé qui constitue le bruit de fond d’un club », dit le
président d’un Rotary club en Angleterre. « J’adore le murmure étouffé
du désaccord ». C’est l’atmosphère du Rotary, celle de l’amicale
et familière camaraderie qui rend supportables les sérieuses différences
d’opinion.
Un
ancien président du Rotary International déclarait :
« Les
divergences de vues sont la véritable essence du Rotary. A l’église et dans
les associations professionnelles, nous échangeons des idées avec des gens
avec qui nous sommes d’accord. Le génie du Rotary est de réunir des hommes
aussi différents que le boucher, le boulanger, l’avocat, le docteur. C’est
par les différences, et non par les similitudes, que le Rotary recherche la
compréhension. Au Rotary c’est parce que nous pouvons être en désaccord,
sans pour autant nous rendre désagréables, que bien des différends peuvent être
résolus. Ce qui est fondamental n’est pas que nous dussions tomber d’accord,
mais seulement que nous nous formions notre opinion de façon telle que, lorsque
ayant quitté nos réunions, notre façon de servir la société soit éclairée
et raisonnée ».
Les
Rotariens n’utilisent pas uniquement leurs réunions hebdomadaires pour
stimuler la pensée et expliquer l’usage de la liberté. Ils ont aussi, dans
ce même but, adopté ou adapté d’autres genres de réunions. La « réunion
au coin du feu » ou la « réunion sous le proche », dans les
climats plus chauds, sont devenues une des technique fondamentales du Rotary.
Une grande variété de sujets ont attiré l’attention des Rotariens et de
leurs familles dans ces réunions familières, ces réunions de village. Il en
est de même dans les réunions inter-villes, dans les forums inter-villes et
dans d’autres réunions similaires organisées en fonction des besoins et des
goûts locaux.
Dans
tous ces genres de réunions, les Rotariens ont découvert la valeur de la
participation personnelle, et c’est de plus en plus qu’ils substituent leurs
propres membres aux « orateurs experts » d’importation. Les
experts ont leur place mais, en cet âge de larges et rapides communications,
l’abondance de livres et de revues, et grâce aux contacts faciles avec leurs
camarades d’autres pays, les Rotariens ont appris qu’ils peuvent et doivent,
eux-mêmes, devenir les « experts » en nombre croissant.
L’éditeur
du bulletin hebdomadaire d’un club, qui fit cette découverte, écrivait :
« Nous
ne devrions pas avoir de problèmes en suspens si tous nos programmes étaient
comparables à celui de la semaine dernière. Ce fut une surprise pour beaucoup
d’entre nous de découvrir la somme de talent et de sagesse qui se trouvait
parmi nos membres. Et ce qui est encore mieux, nous n’avons pas besoin d’hésiter
pour y avoir recours. La discussion de la semaine dernière se poursuivit
longtemps après la réunion. Elle dure encore. »
Si
les Rotariens sont convaincus que ce qu’ils pensent est assez important pour
être déclaré publiquement, ils doivent probablement attacher plus de valeur
alors à ce que les autres pensent et disent et ils doivent les pousser à le
dire. Ceci est peut-être un aspect de la liberté aussi important que
n’importe quel autre.
Adolph
A. Berbe Jr., par exemple, émet l’opinion que les constitutions, statuts et
tribunaux ne peuvent faire plus que donner à la garantie des « droits »
le sens de simples concessions. « La plus dangereuse menace »,
dit-il, « est fournie par la superposition de forces dans la société qui
influencent les hommes à ne pas utiliser ces concessions ».
« Ce
sont les forces mortelles qui fournissent à un individu tous les motifs pour
que sa pensée reste sans portée, pour qu’il ne dise pas son désaccord, pour
qu’il ne pose pas de questions désagréables, pour qu’il ne choque pas le
groupe dans lequel il vit, ou ne lui déplaise. Ils étendent une sorte de
pollution paralysante à l’opinion qui semble penser que les vies et les pensées
des hommes doivent passer dans ce monde sans scandale, puis le quitter quiètement… »
Dans
les sociétés plus sophistiquées, le danger pour la liberté provient de la léthargie
et du conformisme, de ce que Goethe appelait la « banalité »
mortelle qui nous enchaîne tous. Par contre, dans de nombreuses régions,
d’un développement plus récent, le danger provient d’une soif trop
agressive de liberté, de la volonté d’imposer la liberté à des hommes qui
ne sont pas encore mûrs pour en faire un usage convenable.
Quel
que puisse être l’état d’une nation donnée, les Rotariens dans plus de
cent pays et régions géographiques sont toujours prêts à exposer et à
transmettre les principes de la liberté à n’importe quel niveau qu’elle
puisse s’appliquer, dans le cadre de la politique rotarienne.
Depuis
la fin de la seconde guerre mondiale, l’indépendance – la liberté – a été
donnée à plus de 650 millions d’individus. Et bien davantage encore se
rassemblent actuellement pour une marche vers la liberté. Il fut un temps où
ces millions d’individus recevaient la liberté d’autres individus. Mais, de
nos jours, la cause de la liberté est devenue, suivant l’expression de Tom
Paine, la cause de toute l’humanité.
Aux
millions d’hommes qui ne la possèdent pas mais la veulent désespérément,
la liberté est une brillante espérance et un cri de ralliement ; au petit
nombre qui la craignent, elle est plus terrible que la mort ; à ceux qui
la possèdent et la chérissent, la liberté est le fondement de la dignité
humaine et l’un des chemins vers la paix et l’abondance.
Mais
il y a ceux qui la craignent, même quand ils la servent timidement du bout des
lèvres. Au cours des années durant lesquelles 650 millions de personnes reçurent
la liberté, sous forme d’indépendance, un nombre équivalent, davantage même,
glissaient derrière différents rideaux du totalitarisme. De plus, des millions
de personnes qui dans les territoires nouvellement développés désiraient,
avant tout, devenir elles-mêmes, sentaient quelque confusion sur la façon dont
elles devaient s-intégrer dans le schéma mondial.
Le
problème fut loyalement posé par un Américain, le regretté Russell
Davenport, qui écrivait :
« Notre
idée de la liberté ne semble pas être adaptée aux besoins ni aux idéaux de
la plupart des hommes du globe. Il y a quelque chose en elle qui manque dans les
aspirations des peuples, quelque chose dont ils ont besoin, quelque chose qui
doit s’exprimer avec nos mots si notre doctrine de la liberté est vraie. Et
nous ferions bien de découvrir maintenant ce qu’est ce quelque chose. Car, à
moins que nous ne puissions le fournir, le communisme s’emparera et absorbera
entièrement la cause de l’humanité.
« Il
y a des experts de la théorie de la liberté », continuait-il, « comme
il y a aujourd’hui des experts en toutes choses, mais ils ont tendance à se
servir d’un langage hautement technique, qui leur est propre et qui est
quelque peu éloigné du langage du commun des mortels. C’est au commun des
mortels, non pas à l’expert, que nous nous adressons… Nous avons à
l’esprit ces millions de personnes qui ne prétendent à aucune formation spéciale
en dehors de celle de leurs métiers, mais qui, néanmoins, sont obligées par
les exigences de la vie démocratique non seulement de penser pour elles-mêmes
mais encore de se faire les guides des autres … »
Il
pourrait avoir parlé des Rotariens, des Rotariens qui s’assemblent, discutent,
écrivent, pratiquent leurs devoirs religieux, travaillent et montrent le chemin.
Ils sont à l’avant-garde de ceux qui comprennent ce qu’est la liberté, de
ceux qui savent que la liberté, d’après les mots mêmes de Thornton Wilder,
est « une sévère sommation ». Si la liberté doit être gardée
contre les attaques par surprise ou contre les insidieux empiètements du
conformisme, cela coûtera plus cher que la proverbiale « éternelle
vigilance ». Le prix a monté.
Le
prix en est : étudier, rechercher, protéger, servir et réaliser que la liberté c’est plus que posséder quelque chose,
c’est vivre quelque chose et vouloir que les autres l’aient aussi. La liberté
consiste à agir pour et non contre ;
c’est quelque chose de positif, de vibrant, de significatif. La liberté est
une et indivisible car, dans les temps présents, chaque fois qu’elle est
refusée à quelqu’un, où que ce soit, la liberté de tous est partout en
danger.
Aucune
nation ne peut prétendre à garantir entièrement la liberté et la protection
de la dignité individuelle. Il est vrai que certaines s’y essaient plus énergiquement
que d’autres, mais aucune personne, aucune nation n’a le droit de se targuer
de faire assez. La liberté est un concept en mouvement, un but très lointain
en avance sur la société, au bout d’un chemin parsemé de détours
rocailleux. Mais ce chemin vaut la peine d’être suivi, car c’est un chemin
ascendant.
Un
des grands poètes indiens, Tagore, le dit fort bien et pour toute l’humanité
lorsqu’il écrit :
« Où
l’esprit est sans crainte, où la tête se tient haute,
« Où
la connaissance est libre
« Sur
cette terre de liberté, fais mon Dieu
« Que
mon pays s’éveille ».
4
Le
chemin du progrès
« Il
donnera son appui aux mesures qui visent à améliorer le niveau de vie pour
tous les hommes, car il saura comprendre que la pauvreté, où qu’elle soit,
porte atteinte à la prospérité générale».*
* Extrait des « Grandes lignes de la politique du R. I. dans le cadre
de l’action internationale ».
Quand
furent lancés les premiers satellites, un Rotarien – comme le firent des
millions de personnes – lut dans les journaux que l’un de ces satellites
passerait au-dessus de sa ville, le soir même, à une certaine heure.
« Quelques
minutes avant l’heure indiquée, je me rendis dans mon jardin, derrière la
maison », dit-il, « peu convaincu que le satellite serait à
l’heure ou que je serais capable de le voir. Assis dans la quiétude des
arbres familiers, des fleurs et des arbustes, j’avais l’impression de me
trouver dans un endroit bien étrange pour être le témoin de ce nouveau phénomène
… Je levai alors les yeux vers le nord-est et « il » était là,
semblable à une étoile de bonne taille, qui rayait le ciel. Je l’observai se
précipitant à 29,000 kilomètres à l’heure à travers le firmament et le
vis disparaître à l’horizon ».
« La
nuit suivante », continuait-il, « je travaillais tard au bureau,
mais j’avais lu dans le journal que le satellite traverserait la ville cette
nuit-là encore. J’oubliai tout cependant jusqu’à mon retour à la maison.
Jetant alors un coup d’œil à ma montre, je m’aperçus qu’il était
presque l’heure de son passage. Je me trouvais, par hasard, près d’un petit
parc. J’arrêtai aussitôt vivement ma voiture et me précipitai dans le parc,
afin de découvrir une plus grande étendue de ciel …Je scrutai dans la
direction du nord et, encore une fois, « il » était là, aussi gros
et brillant que la veille, plongeant à travers le ciel illuminé d’étoiles.
Je regardai l’heure – c’était à 30 secondes près, celle prédite par
les astronomes pour son passage et j’aurais pu régler ma montre sur lui,
comme nous avions coutume de le faire sur le train de 5 h. 30 ! Songeur, je
pensais que, pendant l’heure suivante, sur toute la surface de la terre, mes
amis lèveraient aussi les yeux pour le voir et s’émerveilleraient, comme moi,
au prodige d’un âge nouveau. Lentement, je retournai vers me voiture, à
peine conscient de l’imposante beauté de la nuit, de la lune, des étoiles ;
du doux bruissement des feuilles et de la sérénade ininterrompue des criquets.
Une sorte de crainte indéfinissable m’envahissait … »
C’était,
en vérité, le symbole d’un âge nouveau, l’âge de l’espace et de
l’atome ; qui remplit des millions de personnes d’une terreur mêlée
d’admiration. Vers quoi nous conduit-il ? Age de paix et d’abondance ?
Age de confusion, de déséquilibre et de luttes ? Ou quoi… ?
Avant
même de se pencher sur ce qu’il adviendra des buts ultimes de cet âge et des
techniques pour les atteindre, les historiens conviennent d’un nom qui révèle
la grandeur de défi : l’Age des grandes espérances. Le fulgurant
satellite plongeant à travers les cieux, ignorant les différences raciales,
religieuses, économiques, sociales, culturelles, et les frontières, est devenu
le symbole du progrès technologique et matériel. Ce n’est pas
l’authentique symbole du plus grand et plus noble génie du genre humain, car
les manifestations de ce génie appartiennent à l’esprit ; cependant,
l’affamé, le dépourvu, les trois quarts de l’humanité paysanne dont parle
Toynbee, tous ceux-là ont déjà pressenti l’avenir du progrès technologique
et matériel.
La
nourriture, avant tout autre besoin, fournit à l’homme son premier souci ;
l’eau vient ensuite, puis le toit et le lit. Les choses que le quart de
l’humanité considère comme lui étant tout naturellement octroyées manquent
aux trois autres quarts qui ne les ont jamais possédées. Après tant de
grandioses et coûteux projets de reconstruction, dix années après la seconde
guerre mondiale, le nombre de gens affamés dans le monde s’est en réalité
accru. La moitié de la population mondiale gagne moins de 500 francs par an.
Pour
les deux tiers de l’humanité, l’espérance de durée de vie à la naissance
est un peu au-dessous de trente années. Près de la moitié de la race humaine
ne sait ni lire ni écrire. Dans de nombreuses régions, il n’y a eu aucune amélioration
substantielle des conditions d’existence pendant ces derniers mille ans, et,
en différents endroits, le niveau de vie s’est même abaissé.
La
terrer peut-elle nourrir une population croissante, sur le point d’atteindre 3
milliards d’individus ? Les autorités ne sont pas d’accord. En tout
cas, même si les problèmes de production pouvaient être résolus, il
resterait les problèmes de distribution. Le géographe britannique L.Dudley
Stamp estime que « si, sur la seule surface terrestre actuellement cultivée,
les meilleures méthodes fermières étaient pratiquées, une population d’au
moins trois milliards d’habitants pourrait être convenablement nourrie. Mieux
même, si les terres actuellement en friche ou mal cultivées pouvaient être
exploitées dans les mêmes conditions d’efficacité, la population mondiale
pourrait dépasser 10 milliards d’individus. Parallèlement, la science ajoute
constamment à la somme des connaissances humaines et il y a toutes les raisons
d’espérer que les progrès simplifieraient le problème d’alimentation de
la race humaine si, seulement, l’homme pouvait surmonter les barrières
qu’il a lui-même érigées entre les nations ». Ceci naturellement est
l’opinion d’un savant, opinion avec laquelle beaucoup sont en vif désaccord.
Certains même croient que le monde est en train de perdre la course entre sa
conservation et le désastre.
Où
donc le Rotarien trouve-t-il place dans ce tableau ? Peut-il apporter, ici,
une contribution ? La liberté, suivant les « Grandes lignes de la
politique de R.I. dans le cadre de l’action internationale », est
« également essentielle au maintien
de la paix internationale et de l’ordre et au progrès de l’humanité »,
au titre de sa contribution personnelle au chemin du progrès.
Après
deux guerres mondiales, la foi dans le progrès peut vaciller à la vue de
toutes les barrières qui ont été érigées entre les nations et les
conditions dans lesquelles le plus clair de l’humanité est condamné à
vivre. Peut-être, après tout, la foi dans le progrès n’est-elle qu’une
illusion.
Quoi
qu’il en soit, il est peu douteux qu’une croyance soit plus largement partagée
qu’elle ne le fut jamais. La foi dans l’amélioration matérielle continue
et inévitable était, dans le passé, l’apanage des nations occidentales ;
elle est devenue maintenant le premier objectif des peuples des régions les
plus attardées de la terre. Le ferment de la guerre et la lutte politique leur
ont donné la conviction qu’ils peuvent, comme les autres, bénéficier des
profits de la science et de la technologie. Même pour l’observateur le plus
superficiel, il est évident que ces profits leur seront un jour acquis. Comment
les recevront-ils, qui les leur apportera, où et de quelle façon ?
C’est là où le Rotarien intervient.
Dans
tout processus de cette sorte, on comprend que le progrès n’est pas le résultat
d’un simple souhait de la pensée et les moins développés des peuples
n’ont aucune illusion à ce sujet. L’amélioration de leurs conditions
d’existence exige d’eux-mêmes les efforts les plus exténuants et un grand
nombre de sacrifices pour accumuler les capitaux, éduquer leur population et
souvent changer de fond en comble les formes de leur vie sociale. Mais, si
grands que puissent être leurs efforts, ils ne suffisent pas en eux-mêmes.
L’aide doit venir de ces peuples qui ont l’expérience du progrès, qui ont
le savoir, qui possèdent l’accumulation des ressources à investir et qui,
par-dessus tout, ont la volonté d’aider. Les « Grandes lignes de la
politique » présumer que le Rotarien possède cette volonté d’entraide.
Des
volumes pourraient être remplis de preuves qui justifieraient cette assertion.
L’idéal de servir professé par les Rotariens n’est pas une attitude
gratuite. Dans d’innombrables occasions ils agissent pour aider les autres,
non seulement dans leur propre milieu et dans leur pays, mais aussi quand
l’appel vient de l’étranger.
« Celui
qui donne vite donne deux fois », pourrait avoir été la devise du petit
Rotary club qui fournit en hâte des outils de charpentier et de maçon à
l’Equateur sinistré par un tremblement de terre. Le gouverneur régional du
district bénéficiaire de cette région sinistrée exprima sa reconnaissance en
ces termes :
« Votre
si intéressante lettre a été traduite en espagnol et sera envoyée à chaque
club de mon district pour montrer les merveilles que peuvent faire ces modernes
Grecs du Rotary, en dépit de leur petit nombre.
« A
cette occasion, je crains que nous ayons imposé à votre générosité une tâche
excessive : marteaux, truelles, scies, clous sont venus souvent du tiroir
à outils bien rangé de Madame Rotarien … quel irrévérencieux abus !
Ajoutons la tâche assommante de les emballer pour, en fin de compte, les expédier
au bénéfice … des descendants de l’empire Inca. Nous réalisons pleinement
l’importance de votre effort et de sa signification. Le nom de votre club sera
toujours présent à la mémoire des Rotariens de notre district comme celui
d’un phare pour nous guider sur le vrai chemin des relations internationales.
« Nous
projetons de construire quelque chose de permanent, telle qu’une école ou un
pavillon d’hôpital, qui sera entretenu par les clubs de notre district en
souvenir durable de la munificence du Rotary international ».
Maintes
et maintes fois, les initiatives et les réalisations des Rotary clubs ont
inspiré des réactions aussi chaleureuses que celle que nous venons de citer.
Elles ont constitué l’avant-garde de mouvements spontanés pour collecter des
fonds, des dentées alimentaires et des vêtements. Sans interruption, tous les
ans, des rations supplémentaires ont été régulièrement expédiées à l’étranger
pour améliorer les maigres ordinaires, et ces dons furent souvent le résultat
de déjeuners austères ou d’autres formes de privation. Les peuples abandonnés
– victimes de l’agression en Corée, réfugiés du Vietnam, évadés de
Berlin et de Hongrie – ont également bénéficié de l’entraide des
Rotariens. Il a suffi que le besoin se soit révélé, fournissant ainsi une
occasion d’entraide, et les Rotariens ont agi.
Oui,
le Rotary peut répondre immédiatement à des cas d’urgence, mais il peut
aussi assurer des efforts soutenus, comme le montrèrent les Rotary clubs
britanniques qui, au cours d’une campagne de deux années, collectèrent
1.400.000 francs pour venir en aide aux villages grecs dévastés par la guerre
civile. Des dizaines de milliers de familles furent réinstallées ;
100.000 enfants furent habillés et reçurent des soins médicaux ; des
villages entiers furent reconstruits.
La
volonté d’aider se manifeste généreusement, mais ce genre d’entreprise
est-il suffisant pour améliorer les conditions de vie de tous les peuples ?
Pour choisir une comparaison dans la vie locale, supposez le cas d’une famille
de votre ville, victime d’une catastrophe ayant peut-être entraîné la mort
du gagne-pain de la famille. Rassembler les bonnes volontés pour venir en aide
à cette famille est comparable à l’action entreprise sur le plan
international qui vient d’être décrite. Tout à fait différent est le cas
– communément répandu – de la jeunesse locale qui veut travailler pour son
compte et a besoin d’être éduquée pour se rendre plus productive. Dans ce
cas également, le Rotariens disposent de méthodes d’entraide et ce sont précisément
celles qu’il s’agit de mettre en œuvre dans les pays nouvellement développés.
Est-il possible aux clubs et aux Rotariens eux-mêmes de contribuer à ce genre
d’entraide ?
Oui,
cela est vraiment possible et de bien des façons.
La
loi pour le développement international (Loi d’Etat USA N° 535) semble être
un des échos des « Grandes lignes de la politique » :
« Les
peuples des Etats-Unis et des autres nations ont un intérêt commun dans la
liberté et dans les programmes économiques et sociaux de tous les peuples. Un
tel progrès peut assurer le développement des formes de vie démocratique,
l’expansion du commerce aux fins de profits mutuels, le développement de la
compréhension internationale et de la bonne volonté et le maintien de la paix
mondiale ».
Un
des membres du comité consultatif qui prit l’initiative de cette loi était
un ancien président du Rotary International et 43 Rotariens travaillèrent
comme législateurs à la promulgation. Parmi les fruits de cette initiative,
des missions d’assistance technique furent envoyées à 60 nations qui réclamaient
une aide pour le développement de leurs ressources. L’organisation emploie
d’une façon permanente quelque 2000 experts en production, méthodes,
distribution et administration. Par ailleurs, 5000 apprentis techniciens sont
venus suivre des cours aux USA.
Les
Etats-Unis ne sont pas le seul pays qui entreprenne ce genre de programme. Il
faut aussi citer le plan de Colombo pour le développement, sous forme de coopérative,
de l’Asie. La France est également active dans ce domaine et même de très
petits pays possèdent leurs propres experts d’entraide. Quelque 80 pays
contribuent à « l’assistance technique des Nations Unies » au
moyen d’organisations spécialisées dans les domaines de l’agriculture, de
la santé et de l’éducation.
Les
Rotariens ont des alliés et fournissent des exemples de l’action
internationale en la personne de ceux qui appartiennent à ces organisations.
Les relations personnelles sont le génie de leur travail, car l’expert qui
n’a pas le don de s’associer et d’entretenir de bonnes relations avec la
population des pays qu’il aide à se développer se trouve très handicapé.
Nombre de ceux qui assument l’assistance technique sont Rotariens ou
deviennent membre de Rotary clubs dans les pays où ils travaillent, s’ils
possèdent les qualifications nécessaires. Entrés au Rotary, ils accroissent
considérablement leur efficacité personnelle par les rapports qu’ils peuvent
y fournir.
Un
Rotarien a fait une intéressante proposition : des volontaires pour ce
service ne pourraient-ils pas se recruter parmi les centaines de milliers
d’hommes d’affaires et de professions libérales qui ont dépassé l’âge
de la retraite ? Ils ont l’expérience technique nécessaire, leurs
cerveaux sont alertes et leurs santés robustes. Ils peuvent s’irriter d’être
mis de côté après avoir éduqué ceux qui ont pris leurs places. Ils
pourraient fort bien dispenser leurs capacités techniques aux populations qui
luttent pour relever leur niveau de vie.
« En
de hors de l’aide qu’ils apporteraient aux régions qui en ont besoin »,
conclut-il, « ces hommes, en prolongeant leurs vies actives d’une
douzaine d’années ou plus, en retireraient une énorme satisfaction
personnelle. Et puis, en retournant chez eux, ils pourraient entretenir les
leurs des peuples merveilleux avec lesquels ils ont vécu à l’étranger. »
Si
les circonstances empêchaient un Rotarien d’accepter semblable expérience,
il existe d’autres moyens qui lui permettent d’apporter sa contribution
personnelle. Il peut entreprendre de s’informer, pour ensuite informer les
autres du besoin d’améliorer les conditions d’existence des peuples.
L’ignorance du public, et tout spécialement dans les pays soi-disant avancés,
est déplorable. Peu de gens réalisent l’insignifiance des ressources
disponibles en regard des besoins. Un autre ancien président du Rotary
International, président de la commission législative de l’énergie atomique
de son propre pays, demande à chaque Rotary club de consacrer, chaque année,
quatre programmes de discussion sur l’utilisation pacifique de l’atome.
Seule une information rapide du public, pense-t-il, permettra d’éviter les récifs
et les hauts-fonds qui parsèment la route de l’âge atomique.
L’information
n’est que le premier pas. Le Rotarien et le Rotary club avertis de ces problèmes
peuvent apporter une contribution substantielle. L’élève qui bénéficie
d’une bourse d’études et devient co-inventeur d’un procédé qui contient
la promesse de rendre l’énergie atomique aussi abondante que l’hydrogène
lourd des océans est une source de fierté pour le Rotary club qui l’a
parrainé. Pour satisfaire le pressant besoin de techniciens de valeur, l’étude
doit être encouragée dans tous les domaines scientifiques.
Une
forme de participation à la marche de l’humanité vers le progrès matériel
se trouve dans le soutien des organisations privées ou publiques qui se donnent
précisément pour tâche la recherche de l’amélioration des conditions
d’existence. Dans plusieurs pays, les Rotary clubs ont pris l’initiative
d’attirer l’attention du public sur le « Fonds des Nations Unies en
faveur de l’enfance » (UNICEF). Ils font voir ce que l’on peut faire
avec peu d’argent, non seulement pour nourrir les affamés mais aussi pour
combattre la maladie. Pour un dollar, cette organisation est à même de fournir
une douzaine de doses de pénicilline pour guérir les horribles plaies causées
sur le corps des enfants par le pian. Pour la même somme une centaine
d’enfants peuvent être immunisés contre la tuberculose par le vaccin BCG. On
espère d’ailleurs que ce fléau pourra bientôt être virtuellement éliminé
et des résultats semblables sont recherchés contre la malaria – autre grand
destructeur de vies humaines et d’énergies. La pulvérisation des marais à
l’aide d’insecticides peut rendre à la culture d’énormes étendues,
actuellement perdues dans la bataille du pain.
La
contribution au chemin du progrès peut être aussi fournie par la camaraderie
mondiale du Rotary. C’est ainsi que plus d’un Rotary club d’Asie a adopté
un village voisin qui croupissait dans la misère et le dénuement. Un bien plus
grand nombre de travaux de restauration de cette sorte pourrait être entrepris
si l’assistance venait également du Rotary d’autres pays. Tout club qui y
participerait s’honorerait, car les Rotariens qui servent une telle cause paient
de leur personne. La description d’une de ces scènes typiques nous vient
des Indes :
« Nous
ne pouvons pas manquer de ressentir quelque satisfaction en contatant qu’après
deux mois d’études et de pelletage nous avons démarré à fond nos travaux
au village du Rotary. La plupart des membres présents ont creusé des tranchées
pour enterrer les ordures de leur village adoptif. Nous avons, ensuite, organisé
une journée de propreté pour les enfants. Une leçon de nettoyage des dents
fut donnée à tous ; puis, après leur avoir retiré leurs vêtements
sales, ils furent vigoureusement savonnés et passés à l’eau chaude. Pendant
ce temps, du lait chaud, préparé avec du lait en poudre, fut distribué à
chaque entant après son bain. Quelle sensation de bien-être durent ressentir
ces gosses après leur bain et leur verre de lait chaud ! ».
Choses
simple …choses fondamentales… assurer l’hygiène, le logement, la
construction et, par-dessus tout, l’éducation. De nombreux exemples – et
leur nombre est croissant – peuvent être cités pour illustrer comment les
gens de ces villages furent guidés sur le chemin du progrès matériel. La
question n’est d’ailleurs pas nécessairement d’exécuter
le travail qui doit être accompli, mais plutôt d’apprendre aux gens la façon
de s’y prendre pour les rendre capables de le faire eux-mêmes. Davantage
pourrait être entrepris par les clubs locaux s’il avérait qu’une aide
puisse être fournie par des Rotariens d’ailleurs. N’importe quel club, où
qu’il se trouve, pourrait procurer une aide éducative et envoyer un
technicien travailler dans ces pays en cours de développement.
Pour
fournir aux pays les moins développés l’équipement nécessaire à l’éducation
fondamentale, de nombreux clubs ont été sollicités par des Rotariens étrangers
pour l’achat de « coupons-cadeaux UNESCO ». Ces billets sont
destinés à l’acquisition de l’équipement indispensable à l’éducation
des peuples. Grande fut la surprise d’une petite fille hollandaise en recevant
une lettre d’un conseiller de « l’Organisation de l’alimentation et
de l’agriculture », installé aux pieds de l’Himalaya. Elle avait été
l’une d’entre plusieurs milliers d’enfants qui avaient acheté des
« coupons-cadeaux » pour l’établissement d’un laboratoire dans
l’Etat d’Uttar Pradesh. Son correspondant rappelait comment il avait intéressé
les Rotariens hollandais à l’organisation
d’un mouvement chargé de recueillir les fonds et il expliquait combien cet équipement
était essentiel au développement de ce beau pays et de son peuple.
Les
membres du club local l’avaient aidé à construire le laboratoire, lui
disait-il, et il terminait sa lettre par ces mots :
« Ainsi
voyez-vous, Hanny, avec votre Kwatje (¼ de florin) vous avez contribué à améliorer
cette compréhension dont notre monde a tant besoin. Je pensais à toutes
ces choses quand j’ai vu ce petit morceau de papier portant votre nom et votre
adresse. N’oubliez pas, Hanny, que, si jamais vous vous trouviez en difficulté
– et je souhaite que cela n’arrive jamais – vous rencontreriez toujours
une aide quelque part si seulement vous vous souvenez de ceci : User
comprendre, oser donner et agir, oser recevoir ».
Le
conseil donné à une enfant ne pourrait-il pas être étendu à tous les
peuples du monde ? Au sens le plus vrai, nous sommes tous membres d’une même
communauté.
Il
est vain cependant de prétendre que de petits gestes de cette sorte soient
suffisants pour résoudre le problème. Multipliés et étendus aux nombreux
pays où se trouvent des Rotary clubs, ils peuvent fournir un stimulant et un
encouragement. Les grands projets gouvernementaux peuvent échouer et succomber
sous leur propre poids, faute du support enthousiaste de l’opinion publique.
Les entreprises, telles que celles qui ont été exposées, font de
l’assistance technique une contribution personnelle pour ceux qui y
participent. Le pays bénéficiaire trouve un encouragement au travail et au
sacrifice quand il sait que le peuple d’un pays lointain l’aide dans sa
lutte pour améliorer ses conditions d’existence. Ces contributions, qui se
traduisent par des actes simples, tangibles et pratiques, entretiennent
l’esprit du progrès, et c’est l’esprit qui compte.
Le
chemin du progrès est jalonné de tant de difficultés et alourdi par de si
nombreuses controverses, qu’il n’est vraiment que trop facile de lever les
bras en signe de désespoir. Seul le Rotarien peut affronter ces questions
objectivement, en étudier tous les aspects, puis soutenir l’action que sa
raison et sa conscience lui dictent. De bien des façons, les Rotariens attirent
et concentrent l’attention de l’opinion sur ces problèmes, en les prenant
pour sujets des débats et des discussions de leurs réunions hebdomadaires. Les
membres se réunissent chez les uns ou chez les autres pour les examiner plus à
fond. La correspondance et les échanges de programmes avec des clubs étrangers
leur permettent de partager la connaissance et les vues d’une camaraderie
mondiale. Parallèlement, ils questionnent les autres organisations sur ces
problèmes auxquels, dans les écoles, on apprend aux jeunes esprits à
s’attaquer. En résumé, le Rotary club peut agir en tant qu’organe d’éducation
de l’opinion publique.
Enumérons
quelques-uns de ces problèmes :
Celui
des « investissements » est l’un des plus importants. Des
ressources considérables doivent être consacrées à l’amélioration des
conditions d’existence, des ressources considérables doivent être consacrées
aux entreprises dans les pays nouvellement développés. Certaines de ces
entreprises peuvent rapidement fournir des revenus et, en conséquence, attirer
les capitaux locaux, ou créer un courant commercial avec d’autre pays. Par
contre, de nombreux projets vitaux ne peuvent pas fournir de revenus immédiats
ou ne deviennent très faiblement rentables qu’après de nombreuses années.
Les capitaux nécessaires à la production de l’énergie électrique, à
l’irrigation, aux transports, par exemple, dépassent largement les capacités
d’emprunt de ces gouvernements. Et pourtant, pour améliorer la production
alimentaire, l’extraction des matières premières et la production d’objets
manufacturés, il faut que ces travaux soient entrepris.
Quelle
peut être la source de ces capitaux ? Doivent-ils être trouvés par les
gouvernements par prélèvements d’impôts ? Est-il possible d’attirer
des investissements privés pour réaliser des entreprises sans profit, à
courte échéance tout au moins ? En tant qu’hommes d’affaires, il
appartient aux Rotariens de s’attaquer à la question et d’éclairer
l’opinion publique quant à l’étude des solutions qui peuvent être proposées.
Un
autre problème est celui de la protection
des investissements. Quelles garanties peuvent offrir les pays nouvellement
développés pour que le capital ne soit pas soumis à des taxations abusives,
ou même purement et simplement confisqué ? Ceci est un des points les
plus délicats en ce qui concerne les nations qui ont récemment acquis leur indépendance.
Ces nations exigent le respect de leur droit de souveraineté sur leurs
ressources naturelles, mais comment peuvent-elles attirer de l’étranger les
investissements énormes qu’exige leur développement si elles ne peuvent
garantir leur protection ?
Un
autre aspect de la question est fourni par le système économique du pays lui-même.
Sa stabilité peut-elle être assurée ? Satisfait-il à la majorité de
ses citoyens ou seulement à quelques-uns d’entre eux ?
Un
quart de l’humanité a été libéré de la lutte pour la nourriture et pour
l’eau et a, en conséquence, les mains libres pour la création d’une vie
meilleure, au moins matériellement. C’est notre monde des communications
rapides, de l’automation, des transports à réaction et des loisirs. C’est
le monde qui conduit l’humanité à l’âge de l’espace.
A
son crédit, ce monde a également produit : l’amour et la charité, la
liberté et la compassion, les vues d’avenir et la sollicitude. L’homme intérieur
n’a pas encore entièrement accompli sa tâche, mais il est sur le bon chemin.
Les Rotariens sont appelés à se pencher sur le niveau de vie d’autres
peuples, mais ils ne sont pas ignorants que la pire des pauvretés est celle de
l’esprit humain.
En
conséquence, comme les trois quarts de la population de la terre s’éveillent
à ces chances nouvelles et qu’elles couvrent en quelques dizaines d’années
ce que l’autre quart a mis des siècles à parcourir, cette partie de
l’humanité devra être aidée et guidée. C’est cependant une direction
convenable qui devra lui être fournie, ou alors l’explosion qui en résulterait
serait d’un tragique indescriptible.
L’historien
Toynbee a résumé ainsi la question :
« Au
cours de l’évolution de la basse à la haute époque de l’ère paléolithique
du progrès technologique, l’homme est constamment resté le dieu de la création
sur la terre, en ce sens que pendant tout ce temps il n’a jamais été
possible à la nature inanimée ou à n’importe quelle créature non humaine
d’exterminer l’humanité et même d’interrompre le progrès humain. Des
lors, à une seule exception près, rien sur la terre ne peut se mettre
en travers du chemin de l’homme ou le mener à sa propre destruction ;
mais cette seule exception est effroyable : c’est l’homme lui-même ».
5
Le
chemin de la justice
« Il
soutiendra les principes de justice envers l’humanité, reconnaissant que ces
principes sont essentiels et doivent être appliqués dans le monde entier.»*
* Extrait des « Grandes lignes de la politique du R. I. dans le cadre
de l’action internationale ».
Dans
« La République », de Platon, de célèbre conversation entre
Socrate et ses amis commence par une discussion dont le sujet est aussi banal
qu’un article de journal contemporain. Thrasymachus dit : « Je
proclame que la justice n’est rien d’autre que l’intérêt du plus fort… »
Plus
loin, Socrate est contraint de défendre sa thèse suivant laquelle « la
justice est de ces biens qu’il serait heureux de désirer autant pour ce
qu’ils sont en soi que pour leurs fruits ».
Glaucon
dit alors que « la vie de l’injuste est, après tout, bien meilleure
que celle du juste ».
L’origine
de la justice, telle que Glaucon la commente dans une discussion ultérieure
avec Socrate, nous intéresse ici particulièrement, car elle reflète
exactement la définition qu’en donnent un grand nombre d’hommes du vingtième
siècle.
Glaucon
dit que la justice est un compromis « entre ce qu’il y a de
meilleur et qui consiste à pratiquer l’injustice dans l’impunité et ce
qu’il y a de pire, c’est-à-dire subir l’injustice sans pouvoir se venger ;
la justice étant, entre ces deux extrêmes, tolérée non comme un bien mais
comme le moindre mal et respectée en raison de l’impuissance des hommes à
pratiquer l’injustice… »
Une
seconde lecture de la définition de Glaucon peut être nécessaire, car à l’évidence
elle donne matière à réflexion. « Ce qu’il y a de meilleur » :
pratiquer l’injustice et ne pas être puni !
Ceci
paraît-il sensé ?
« Jusqu’où
pouvons-nous aller dans cette voie tout en restant du bon côté de la loi ?
Vous n’êtes pas très fort si vous ne « possédez » pas votre
adversaire. Nous ferions mieux de faire le coup pendant qu’il est possible.
C’est le moment de le frapper alors qu’il est faible ».
Que
ce soit dans les domaines des affaires, des affaires, des relations
internationales ou familiales, ou dans n’importe quelle circonstance de la vie
où les hommes traitent entre eux, la tentation est grande d’appeler la
justice « le moindre mal ». Pour quiconque lit les journaux
quotidiens, il n’est que trop évident que bien des gens succombent au
« meilleur » de Glaucon.
Le
sens passionné de la justice semble toutefois être inhérent à la nature
humaine. Entraîné par lui, les hommes n’ont pas hésité à risquer leurs
vies, leurs fortunes et leur honneur dans des guerres où, dans chaque camp, les
hommes étaient convaincus que leur cause était celle de la justice.
Voltaire
dit : « Le sentiment de la justice est si naturel et si
universellement acquis par toute l’humanité, qu’il semble être indépendant
de toute loi, de tout parti, de toute religion ».
Voici
donc quelque chose d’universel au sujet de laquelle tous les hommes devraient,
en conséquence, être capables de s’accorder.
Cependant,
cela n’est pas facile. Kipling a touché le fond du problème en écrivant :
« Le
monde est merveilleusement grand, sept mers de bord à bord.
Il
contient une immense variété d’hommes.
Les
rêves les plus fous de Kew sont les réalités de Khatmandu,
Et
les crimes de Clapham sont l’innocence de Martaban ».
Est-il
possible, dans ces conditions, de découvrir des principes universels ?
Quels
sont donc ces principes de justice que les « Grandes lignes de la
politique » demandent au Rotarien de soutenir ?
Pour
être reconnus fondamentaux et se réclamer d’une application universelle,
ils doivent couvrir un immense domaine, satisfaire à une variété infinie
de valeurs et à un grand nombre de points de vue opposés soutenus avec
passion. Dans un monde où bien des contestations se règlent en volant Pierre
pour payer Paul et où, parfois, la justice siège au banc des veuves aux conférences
de la paix, ces principes doivent procéder d’une logique exceptionnelle pour
élever la justice du niveau du parti à celui du principe.
Est-il
possible de convaincre les nations ? Les relations personnelles que le
Rotary encourage entre les hommes des différentes nations peuvent-elles
contribuer à l’établissement de ces principes universels de justice ?
Un
visiteur des Etats-Unis trouva la plus chaleureuse des réceptions dans un
Rotary club d’Ecosse où l’un des membres prenait à cœur d’agir en sorte
que les visiteurs se sentissent à l’aise. Trente secondes à peine après
qu’il eut été présenté, l’hôte appelait le visiteur par son prénom et
disait : « Lee, vous êtes un Américain remarquable ».
« Merci,
monsieur », fut la réponse étonnée, « mais je ne vois vraiment
pas comment vous pouvez arriver à une telle conclusion après une aussi courte
entrevue ».
« Eh
bien », répondit l’hôte, « vous parlez écossais, de sorte que
nous pouvons comprendre ce que vous essayez de dire, et ceci est remarquable.
Nous, Ecossais, vous aimons pour ça. Ensuite, je remarque que vous ne buvez pas
de scotch du tout et ceci est également remarquable. Nous vous aimons beaucoup
aussi pour cette raison, car la plupart des visiteurs donnent l’impression de
vouloir avaler tout notre stock ».
Après
cette introduction pleine d’humour, une discussion familière se déroula au
cours du déjeuner sur le thème : « Ce dont les nations du
monde ont le plus besoin est d’essayer de considérer chaque situation du
point de vue de l’autre ».
« Du
point de vue de l’autre », l’épreuve
est là. Un proverbe des Indiens d’Amérique donne un conseil approprié : « Ne
condamne pas ton prochain avant d’avoir porté ses mocassins ». L’épreuve
consiste donc à se mettre dans la peau de son prochain. Existe-t-il
un moyen de le faire qui soit plus efficace que la méthode habituelle
fournie par la lecture, la correspondance, les discussions, les conférences et
les voyages ?
Oui,
d’autres procédés peuvent être utilisés dans ce but et ils impliquent
l’action et l’utilisation des connaissances. « Jouer un rôle »
est un artifice – se prétendre quelqu’un d’autre ou le représentant
d’un organisme ou d’une nation dont le point de vue est différent du vôtre.
Beaucoup de Rotary clubs utilisent cet artifice comme technique de discussion.
Pour être efficace elle exige des participants une préparation minutieuse ;
en outre, elle suppose une sérieuse préparation de la part des participants au
cas où un débat est prévu. Pour être efficace, cette technique peut
consister, par exemple, à ce que le président du club ou de la réunion dise : « Si
vous étiez Américain, Abdullah, que penseriez-vous de la reconnaissance de la
Chine communiste ? » Ceci peut signifier un rude effort
d’imagination de la part d’Abdullah pour se mettre dans la peau d’un Américain
– et vice versa – mais cet effort l’aidera à débarrasser son
raisonnement des limitations nationales de sa pensée. Enfin, par-dessus tout,
il se révélera que la justice possède, pour le moins, deux côtés.
Poussant
plus loin cette technique, différents clubs organisèrent des réunions
« dans la peau des autres » auxquelles prirent part des groupes de
cinq à huit personnalités locales, chacun d’eux « figurant » une
nation participant à une conférence internationale. Au cours d’une série de
réunions qui se tinrent pendant plusieurs semaines, les principaux problèmes
mondiaux furent débattus.
Est-il
possible à individu, engagé dans une étude aussi délibérée, écrivant aux
Rotariens d’autres pays pour recueillir des informations de première main et
défendant, en débat public, la politique d’un pays étranger, de se mettre
dans la peau d’un autre individu vivant à des milliers de kilomètres ?
L’expérience a prouvé que c’est chose possible et que l’on peut ainsi
jeter les fondements d’un nouveau concept de justice et de discussion loyale.
Un
Américain, engagé dans une étude de cette sorte où il tenait le rôle de
représentant de la Bolivie, entra un matin chez son épicier pour y apprendre
que le prix du café avait baissé. « Ma première réaction »,
rapporta-t-il, « fut : Mais c’est épouvantable ! Les Sud-Américains
ne peuvent se permettre de réduire le prix de leur café ».
Il
existe encore une autre technique, déjà citée, mise au point par des
Rotariens, mais largement pratiquée aussi par les non-Rotariens. Elle consiste
dans l’utilisation d’une sorte de moyen de mesurer la justice. Il s’agit
du « Critère des quatre questions » pour vérifier ce que nous
pensons, disons ou faisons :
—
Est-ce conforme à la
vérité ?
—
Est-ce loyal de part
et d’autre ?
—
Est-ce susceptible de
stimuler la bonne volonté réciproque et de créer de meilleures relations
amicales ?
—
Est-ce profitable à
tous les intéressés ?
Bien
qu’à l’origine ce moyen ait été imaginé à l’intention d’une maison
de commerce confrontée avec une crise et ensuite adopté par le Rotary comme un
accessoire de l’action professionnelle, son usage se répand maintenant de
plus en plus. L’expérience a bien souvent démontré que, lorsqu’un homme
met sérieusement en pratique « le Critère des quatre questions »,
que ce soit dans ses affaires ou dans sa profession, les résultats de son usage
se révèlent également efficaces dans son comportement de père de famille,
d’ami et de citoyen. La conviction que ce simple instrument de mesure des
relations humaines puisse avoir son utilité dans l’action internationale est
celle d’un Rotarien des Philippines :
« Dans
le développement de la « quatrième avenue » du Service du Rotary,
la mise en pratique du « Critère des quatre questions » dans les
relations diplomatiques entres les nations exercera une influence considérable.
Le monde est inondé de tant de propagandes contradictoires qui confondent nos
esprits et faussent notre façon de voir ! La vérité subit tant
d’entorses qui mènent à l’incompréhension et aux animosités réciproques !
Je crois que c’est l’impérieux devoir du Rotary de diffuser l’esprit du
« Critère des quatre questions » à l’aide de sa quatrième
avenue du Service ».
L’usage
de ces quatre simples questions ne pourrait-il pas, également, se révéler
utile dans la recherche des principes universels de la justice ? L’évidence
de l’utilité de cet essai dans ce domaine résulte du fait qu’il a été
accepté et adopté dans la plupart des pays où se trouvent des Rotary clubs.
Ce n’est pas un code d’éthiques. Nul ne peut y soulever d’objection
puisqu’il se limite à rappeler d’avoir à utiliser au mieux son jugement.
Il ne dicte pas de conduite à suivre, mais nous demande simplement, à la lueur
de nos conceptions personnelles, de nous appliquer à bien penser, bien dire et
bien faire. Un principe de justice qui supporte l’épreuve du « Critère
des quatre questions » doit être acceptable par tous les peuples.
Le
Rotarien qui explore le chemin de la justice peut souhaiter pratiquer le Critère
d’abord sur lui-même. Un examen critique de ses propres principes de justice
fournit le moyen de les étayer et de s’assurer qu’ils ne constituent pas
simplement d’éloquents slogans. Cet examen peut, de plus, révéler des
occasions de servir en cherchant à donner à ces principes de justice une
acception universelle.
Illustrons
notre propos :
Que
vaut le principe tant controversé de l’autodétermination ? Comment répond-il
au « Critère des quatre questions » ? La vérité
est que ce principe s’est creusé une place prépondérante dans l’histoire
de notre temps. Le fait le plus considérable de la politique mondiale de notre
génération n’est pas constitué par les guerres qui ont monopolisé les
manchettes des journaux, mais plutôt par la conquête de l’autonomie
gouvernementale par près de la moitié de la race humaine. La liberté pour
tous les peuples de suivre leur destin, de commettre leurs propres erreurs et
aussi d’apporter leur contribution distincte aux efforts de l’humanité ;
est certainement juste pour tous ceux qu’elle concerne. De plus, dès que leur
indépendance est assurée, la bonne
volonté et l’amitié de ces
peuples semblent se tourner avec une ferveur particulière vers leurs anciens
dirigeants. Bien sûr, le résultat bénéfique
que l’on peut en attendre reste à voir, mais ces jeunes nations nourrissent
de grandes espérances et se sentent attirées vers de vastes réalisations.
Le
principe de l’autodétermination semble satisfaire à l’épreuve du « Critère
des quatre questions ». Cependant, soutenir un principe exige plus
qu’une approbation passive. « La justice », disait Disraeli,
« c’est la vérité en action ». La justice doit résoudre les
problèmes réels qui surgissent de sa généralisation au monde entier. Et ces
problèmes sont nombreux. La multiplication des nations, qui est une des conséquences
de l’autodétermination, conduit
à une balkanisation comparable à celle qui s’est établie en Europe après
la première guerre mondiale et qui est considérée comme ayant partiellement
conduit au second conflit mondial.
Un
contraste se révèle aujourd’hui entre le développement de l’interdépendance
économique et la tendance à l’indépendance politique. De nouvelles
difficultés sont fournies par l’impétuosité dans la recherche de l’indépendance
gouvernementale. Pour de nombreux esprits, un certain niveau d’éducation est
essentiel à une nouvelle nation pour lui permettre de s’adapter au monde
moderne, encore que, pour d’autres, cette nécessité reste douteuse.
Les
occasions qui entraînent le Rotarien vers le chemin de la justice naissent de
la recherche laborieuse des solutions de ces problèmes. Toutefois, des efforts
– aussi différents que le sont les problèmes et les situations particulières
– sont faits dans le monde entier. Dans les nouvelles nations d’Asie, les
Rotariens s’attaquent aux problèmes de l’établissement de relations extérieures
définies au long de nouvelles frontières. En Europe, les Rotariens qui sentent
la nécessité de l’interdépendance économique cherchent à remplacer la
traditionnelle séparation des Etats en soutenant le mouvement pour
l’unification de l’Europe et la transformation en « Européens »
des peuples des vieux Etats. Cette tendance a trouvé son expression dans la création
de la Communauté du charbon et de l’acier, dans l’Euratom et le Marché
commun.
Les
comités non européens des Rotary Club d’Afrique du Sud s’emploient
activement à aider l’indigène africain à s’éduquer en vue du « self-government »,
sans qu’il sacrifie l’intégrité de sa culture. Aux Antipodes, les
personnes qui, par l’émigration, ont manifesté leur attachement au principe
de l’autodétermination, ont reçu le meilleur accueil du Rotary. Ce fut un
Rotary Club qui eut l’idée de les baptiser « Nouveaux Australiens »,
ce qui honore leur statut et oblige les Rotariens à les aider, réalisant ainsi
leur promesse.
D’autres
principes de justice peuvent être étudiés d’une façon similaire ;
leur défense et la généralisation de leur signification révèlent des
occasions de servir. Au sein de tous ces principes, un autre s’y trouve,
toujours présent : celui du développement de la loi internationale. Dans
toutes les sociétés humaines, l’antithèse de la justice est représentée
par la primauté de la force sur le droit. Au contraire, suivant Pascal « la
justice et la puissance doivent être associées de telle sorte que ce qui est
juste puisse être puissant puisse être justice ».La marche de la
civilisation s’est traduite par la recherche du règne de la loi pour
remplacer l’arbitraire tribal de l’homme des cavernes.
Le
genre humain sait ce qu’il doit faire. La valeur de l’argument de Benjamin
Franklin est maintenant plus claire que jamais.
« La
justice est aussi strictement due entre nations voisines qu’entre individus
voisins. Un voleur de grand chemin est aussi grand voleur quand il pille au sein
d’une bande organisée que lorsqu’il agit tout seul, et une nation qui fait
une guerre injuste n’est rien d’autre qu’une vaste bande de voleurs ».
De
nouvelles lois peuvent être établies qui soient applicables à l’âge de
l’atome et de l’espace. Mais la communauté mondiale revient constamment aux
autres concepts périmés, comme pour circonvenir l’application de la loi.
D’après un historien, « le seul moyen de faire apparaître à
l’humanité la beauté de la justice consiste à lui montrer, en termes très
simples, les conséquences de l’injustice … »
Ces
conséquences deviennent de plus en plus évidentes au fur et à mesure que le
temps passe. Un ancien président de l’Association du barreau américain a dit :
« La
bombe atomique et la bombe à hydrogène ont fait naître chez tous les peuples
de la terre un désir passionné pour la paix, désir tel que l’histoire entière
n’en a jamais connu. Là, une occasion unique sera saisie ou perdue. Nous,
juristes, devons rédiger la matière légale, instrument essentiel du maintien
de la souveraineté nationale, tout en assurant le règlement pacifique des
querelles entre nations sous l’égide de la loi… »
Avant
même que la bombe atomique et la bombe à hydrogène fussent venues souligner
l’urgence de la tâche, le regretté sénateur américain Taft vit d’une façon
quasi prophétique ce qui nous attendait :
« Je
crois qu’à la longue la seule façon d’établir la paix consistera, avec
l’accord de toutes les nations, à rédiger une loi réglementant leurs
relations et à obtenir de celles-ci un pacte aux termes duquel elles se
conformeront à la loi et aux décisions qui en découleront ».
La
communauté mondiale se montre cependant hésitante à l’entrée du chemin de
la justice, un peu à la manière de Sir Edward Coke quand, se trouvant en présence
de roi Jacques, il balbutiait : « Le roi est protégé par Dieu
et par la loi », et tombait ensuite à genoux, terrorisé à la pensée de
perdre sa tête.
« Si
les hommes étaient des anges », expose « The
Federalist »,
« aucun gouvernement ne serait nécessaire ». En établissant un
gouvernement chargé de faire administrer des hommes par des hommes, la grande
difficulté réside en ceci : vous devez en premier lieu permettre au
gouvernement de contrôler les gouvernés et ensuite l’obliger à se contrôler
lui-même.
L’obliger
à se contrôler lui-même…
S’il est un problème qui doive attirer l’attention de chaque homme, femme
et enfant de cette génération, c’est bien celui de la nécessité du développement
et de l’application de la loi internationale. L’enjeu n’est pas simplement
la prévention des guerres, à un âge où les nations ont acquis les moyens de
destruction totale mais, également, le progrès de l’humanité dans tous les
domaines pour lesquels l’établissement d’un système solide de loi
internationale le permettrait. Encore que pour la plupart des gens, la loi
internationale constitue un objet très éloigné, sans rapport avec leur propre
survie ni avec l’espoir d’une vie meilleure pour eux-mêmes et leurs enfants.
Une
fois de plus les « Grandes lignes de la politique du R. I. dans l’action
internationale » sollicitent du Rotarien un comportement pratique. Pour
soutenir les principes de justice, pour leur donner un sens mondial, il doit
s’informer et informer les autres, non seulement du statut actuel de la loi
internationale et de son avenir, mais aussi des sacrifices que l’établissement
de la loi pourrait exiger. Pour amener les nations du concept de la loi de la
force à celui de la force de la loi, il y a un certain prix à payer et il
n’y a rien à gagner à l’ignorer. Le chemin de la justice conduit
inexorablement au chemin du sacrifice.
Cette
situation ne suggère-t-elle pas une tâche spécifique qui est de la compétence
de chaque Rotary club ? Une étude approfondie sous la conduite de membres
ayant la classification de juristes ? Des réunions au coin de feu, des
programmes de clubs, des réunions publiques, des conférences au cours
desquelles chacun se met à la place des autres ? Tous ces moyens ne
sont-ils pas des moyens pratiques ? Comment exciter l’intérêt public ?
Ou bien alors, vaut-il la peine de lutter ?
L’historien
Toynbee, après avoir étudié l’histoire, le développement et la chute des
différentes civilisations qui ont fleuri, conclut :
« En
règle générale, la nécessité d’établir la loi devient impérative à
l’époque qui précède immédiatement la catastrophe sociale, longtemps après
que toute possibilité de créer une jurisprudence ait été possible et quand
les législateurs du moment sont irrémédiablement en train de perdre la
bataille contre d’ingouvernables forces de destruction … »
Le
chemin de la justice se déroule à travers le monde, dans les villages arriérés,
à travers les antichambres des gouvernements et jusqu’au « Sommet ».
C’est comme l’appelle Daniel Webster : « Le lien qui unit les êtres
civilisés et les nations civilisées ».
Justinien,
le grand législateur, appelait la justice « le désir et l’effort
constant de donner son dû à chaque homme » .
Il
n’est pas nécessaire de proclamer que les nations sont comme les peuples,
mais cette pensée constitue toutefois une introduction appropriée à
l’histoire suivante contée par un journaliste revenant d’un de ces
territoires qui se trouvent au stade de développement. A peu de mots près,
cette histoire pourrait tout aussi bien se situer dans n’importe quelle partie
de monde :
« Un
pauvre cordonnier confectionna un jour une paire de chaussures qu’il vendait
63 cents. S’il mettait en vente ces chaussures dans son propre village, il
risquait qu’un personnage haut placé vînt se les approprier sans bourse délier
et, de plus, le fasse battre s’il protestait. Aussi préféra-t-il marcher très
longtemps pour se rendre à un autre marché. C’était une longue course sous
un soleil brûlant, mais cela en valait la peine…
Et
de conclure que ce n’était pas une question d’argent, car l’argent était
pour lui bien moins important que quelque chose d’autre : la justice. » « Je
veux la justice », déclarait-il. « Je veux être traité comme un
égal. Je veux que ma dignité soit respectée. »
6
Le
chemin du sacrifice
« Il
s’efforcera d’encourager toujours la paix entre les nations et sera prêt à
consentir des sacrifices personnels pour défendre cet idéal»*
* Extrait des « Grandes lignes de la politique du R. I. dans le cadre
de l’action internationale ».
En
1958, le « Saturday Review » publiait sur une page entière
l’annonce d’un concours. En lettres majuscules, le titre proclamait :
CONCOURS
MONDIAL
1000
MILLIARDS DE DOLLARS
EN
EXEMPTIONS D’IMPOTS
Suivaient les détails :
VOUS
ETES DEJA INSCRIT . . .
Que votre nom commence par
A, B, C etc. ou par Δ,Θ,Φ,etc., que vous viviez aux Etats-Unis,
en Russie, en France, etc., vous déjà inscrit au concours. Vos enfants et
leurs futurs enfants sont également inscrits.
Evalués modérément à
1000 milliards de dollars, les prix comprennent :
—
Une
couche de 8km. d’air pur, non radio-actif ;
—
Des
villes faites de véritables maisons et non de masures en torchis ;
—
Des
réservoirs d’eau non contaminés par les « retombées » ;
—
Des
terres propres à la culture de produits comestibles ;
—
Votre
foyer, votre voiture, votre poste TSF(…incidemment votre vie), etc., et divers
suppléments tels que : l’énergie illimitée de l’atome et peut-être
un voyage interplanétaire.
Puis, un peu plus loin, cette interrogation inattendue : « Comment
vous retirer du concours ? Vous ne le pourrez jamais ».
Et finalement :
« Si vous voulez gagner :
apportez votre contribution à la découverte d’une toute sûre vers la paix. »
Dans le chapitre précédent,
on soulignait que le chemin de la justice menait inévitablement à celui du
sacrifice. Il est manifeste d’abord de souligner que le seul fait de parler
de paix implique déjà une idée de sacrifice. Parfois, et pour certains, parce
qu’il a servi de masque à la subversion, à la tyrannie et à l’agression,
le mot paix a pris un sens douteux. « Prenez garde »,
disent-ils, « à ceux qui crient : Paix ! Paix ! alors que
la paix ne règne pas » .
Peut-être, ce sentiment d’amertume n’est-il que la réaction excessive
de la déconvenue générale causée par les séquelles de la seconde guerre
mondiale. Tant de choses avaient été considérées comme définitivement
acquises ! … Il y avait eu reddition inconditionnelle ! … Enfin,
c’était la paix et chacun pouvait s’occuper de ses affaires, se distraire
et laisser le souci des « affaires étrangères » aux diplomates !
Parlant à un Rotary club en Angleterre, un ambassadeur américain
s’exprimait ainsi :
« Comme
beaucoup d’entre vous, j’ai fait la dernière guerre et je croyais sincèrement
que nous la faisions pour en finir une fois pour toutes avec la guerre, que nous
luttions pour la démocratie et que nos enfants récolteraient quelque profit du
sacrifice consenti par notre génération … Nous avons été trop indifférents
pendants les années qui ont suivi la fin des combats ou, si nous ne l’avons
pas été, nous n’avons pas fait ou pas fait faire assez. Il est rare, dans
l’histoire du monde, que les hommes rencontrent la chance une seconde fois, et
pourtant une seconde chance nous reste, une …»
Quel
adepte convaincu de l’action internationale ne ferait pas écho à ces
sentiments et ne les adopterait pas ? Ils sont si profondément actuels à
cette heure de l’histoire !
La
dernière guerre fut bien près d’anéantir la civilisation. La faim,
l’humiliation, le bouleversement social et économique, le vide laissé par
les puissances vaincues, tout s’est combiné pour donner naissance à une époque
de trouble et de tension. Tous ceux qui pensaient que la paix viendrait comme le
dénouement d’un conte de fée, quand, enfin, « ils vécurent, dès lors,
et pour toujours heureux », furent cruellement déçus. Les images qui
illustrèrent la paix sous les traits d’un ange ou d’une fiancée préparaient
l’opinion publique à une amère désillusion. Bien au contraire, ce portrait
de la paix aurait dû être celui de la future épouse dans la vie réelle,
celui d’une jeune fille diligente, les bras chargés de besogne, se donnant
activement à la préparation de son mariage pour assurer son bonheur.
Cette
conception de la paix comme une sommation d’avoir à travailler et non comme
une licence d’irresponsabilité personnelle est présentée explicitement dans
les « Grandes lignes de la politique » par l’appel aux sacrifices
personnels. Cependant, cette obligation n’a peut-être jamais été exprimée
d’une façon plus directe et plus poignante que ne le fit, lorsqu’il apparut
pour la dernière fois en public, le regretté John Winant, ce vaillant artisan
de l’amitié internationale. Interrompant le discours qu’il avait préparé,
il demanda tout à coup à son auditoire :
« Donnez-vous
aujourd’hui autant pour la paix que vous avez donné pour ce pays pendant la
guerre » ?
Il
fit une pause, puis, calmement, donna sa propre réponse :
« Moi,
je ne donne pas autant. »
Quiconque,
se rapportant aux années qui ont
suivi la guerre, pourrait, ainsi, faire son examen de conscience. En temps de
guerre, l’impulsion vers le sacrifice est omniprésente et le courage
individuel ne se mesure que par comparaison avec le courage de ceux qui font le
don total d’eux-mêmes. Pour les buts de destruction, ce qu’il y a de
meilleur et de plus généreux dans la nature humaine est dépensé sans compter.
Pour sauver son pays de l’anéantissement, assurer la paix, la liberté et la
survie de ce qui lui est le plus cher, l’homme ne ressent pas une telle
obligation.
Cela
a-t-il du sens commun ?
Peut-être
pourrait-on expliquer les sacrifices du temps de guerre par le fait qu’un
grand nombre de personnes répondent plus généreusement à l’appel des
grandes catastrophes. L’exceptionnel et l’anormal libèrent ce qu’il y a
d’héroïque dans l’homme. Cependant, la guerre est-elle une exception dans
l’aventure humaine ? L’histoire nous propose une conclusion totalement
opposée. A travers les âges, l’aventure anormale a été celle des brefs
intervalles de paix. Même le dix-neuvième siècle, qui fit naître
l’illusion que la paix était la condition normale, est rempli de petites
guerres. Au cours du XXe siècle, la durée des périodes pendant
lesquelles le monde fut en paix se mesurent en mois et non pas en années.
Aux temps passés, les gens pouvaient penser que la guerre n’était, après
tout, que l’affaire de quelques chevaliers ou de mercenaires qui réglaient
leurs comptes sur des champs de bataille isolés. Pendant la guerre des Deux-Roses,
par exemple, si, à l’instant où une bataille allait commencer, la clameur
d’une meute éclatait brusquement, les armées suspendaient leurs attaques
pendant que le renard, les chiens et les chasseurs déferlaient entre elles.
Elles ne revenaient, qu’ensuite, à leur sinistre passe-temps.
Si la guerre fut jamais, en fait, conduite d’une façon chevaleresque, sa
nature a radicalement changé dans les temps modernes. Elle est devenue totale,
mobilisant les peuples entiers et leurs ressources, visant au complet anéantissement
de l’adversaire. Nul ne peut plus s’estimer à l’abri et il n’existe
plus de place où se cacher. Il n’y a plus de civil et même les enfants
deviennent des combattants, tout comme leurs aînés.
Ces conditions nouvelles n’exigent-elles pas de reviser le concept de la
guerre et de la paix ? Le regretté Albert Einstein, le génial mathématicien
qui enfanta l’âge atomique, en exprima la nécessité, sans ambiguïté et
sans mâcher ses mots :
« Un
nouveau mode de penser est indispensable si l’humanité doit survivre et se
perfectionner. Dans le processus d’évolution, une espèce doit souvent
s’adapter à de nouvelles conditions pour survivre. Aujourd’hui, la bombe
atomique a profondément modifié la nature du monde que nous connaissions.
« Le
tank constitue une protection contre les balles, mais la science ne connaît pas
de moyen de défense contre l’arme capable de détruire la civilisation. Notre
défense n’est ni dans les armements ni dans les abris souterrains.
« Notre
défense est dans la loi et dans l’ordre. La race humaine doit adapter sa pensée
à la lumière des connaissances nouvelles ».
Dans
cette recherche de la paix, de l’arrêt et du renversement de la dérive
continue vers la guerre, le Rotarien ne professe pas d’optimisme facile. Les
panacées à bon marché ne l’illusionnent pas : c’est un réaliste. Il
sait que la victoire ne sera pas acquise en se contentant d’adhérer à
quelque groupement remuant ou en proposant une résolution à son club.
Le
Rotarien doit s’interroger sur les sacrifices personnels auxquels lui-même et
ses semblables doivent consentir si l’humanité doit survivre et se
perfectionner.
Quelqu’un
peut-il répondre à sa place ? Evidemment non, bien qu’il puisse trouver,
à la fois, inspiration et réconfort dans la consultation d’autres hommes décidés.
Cependant, en dernier ressort, la réponse ne peut venir que de sa propre
conscience et elle doit se manifester par son action personnelle. Ici, quelques
formes seulement de sacrifice seront suggérées comme supports de discussions
et d’études :
Il
y a d’abord, et c’est peut-être le plus manifeste de tous, le sacrifice
supporté actuellement par chaque contribuable et qui alourdit l’économie du
monde entier du poids énorme de 120 milliards de dollars par an. Dans le plus
riches pays du monde « la paix par la force » exige du contribuable
moyen un sacrifice personnel qui équivaut à un mois de salaire. « Si vis
pacem, para bellum », fut la justification de cette politique dans la Rome
antique. Un exposé particulièrement vigoureux de cette politique fut fourni,
au début du siècle, par un célèbre amiral :
« Je
ne suis pas pour la guerre, je suis pour la paix. Si vous répétez
inlassablement chez vous et au-dehors que vous êtes prêts à l’action immédiate,
chacun des éléments de votre force mis en place sur la ligne de combat, que
bous avez l’intention de commencer le premier, de frapper votre ennemi au
ventre, de l’écraser à coups de talon quand il sera par terre, de bouillir
vos prisonniers dans l’huile — de torturer leurs femmes et leurs enfants,
alors les gens se tiendront à distance respectable ».
S’y
tiendront-ils vraiment ? Cette forme ancienne du sacrifice, qui comporte
encore de nombreux adeptes, n’a jamais empêché les guerres. Elle a accru
l’insécurité générale, provoqué la course aux armements et, finalement,
apporté la menace des monstrueuses armes préventives : hier les cuirassés
de l’amiral, demain les projectiles téléguidés avec tête porteuse de bombe
H. Jamais cette politique n’a été dénoncée de façon plus cinglante que
par le président d’un Etat qui l’a cependant adoptée :
« Chaque
canon fabriqué, chaque bateau de guerre lancé, chaque fusée tirée se traduit
« in fine » par un vol au détriment de ceux qui ont faim et ne sont
pas nourris, de ceux qui ont froid et ne sont pas vêtus ».
« Ce
monde en armes ne dépense pas seulement de l’argent : il gaspille la
sueur de ses travailleurs, le génie de ses savants, les espoirs de ses enfants. »
« Le
coût d’un bombardier lourd moderne est celui d’une école moderne
construite en briques dans plus de trente villes. »
« C’est
le prix de deux hôpitaux entièrement équipés. »
Et
il poursuivait ainsi jusqu’à la conclusion :
« Ceci,
je le répète, est le meilleur moyen possible de vivre sur la route que
parcourt actuellement le monde. En vérité, ce n’est pas du tout un moyen de
vivre. Sous les nuages de la guerre menaçante, c’est l’humanité clouée
sur une croix de fer. »
Si,
d’un seul coup, la calamité de la guerre pouvait disparaître, quelles
seraient, en contrepartie, la somme d’argent, la valeur de l’énergie et les
ressources du génie sauvées pour l’humanité ? La pensée en dépasse
les limites de l’imagination ! Peut-on concevoir, dans le rêve le plus
fou, que 120 milliards de dollars pour raient être consacrés à la paix et à
l’entraide ? Tout se passe actuellement comme si l’humanité
s’acharnait à gravir, à cloche-pied, les marches de la civilisation.
Bien
sûr, le chemin du sacrifice peut conduire à heurter, tête première, les
traditions les plus enracinées. Il y a ceux — et ils sont nombreux — qui
professent que l’histoire n’est qu’un perpétuel recommencement et que
l’humanité d’aujourd’hui n’est pas meilleure que celle qui l’a précédée.
« Il y aura toujours des guerres et des menaces de guerre ». A cela
on peut répondre que nos ancêtres n’étaient pas attirés par le chemin du
sacrifice et qu’ils ne se trouvaient pas, davantage, dans la situation de
l’homme à l’âge de l’atome. La vraie réponse, cependant, a été
fournie par un autre militaire, qui déclare sans équivoque que l’humanité
exige actuellement d’attaquer l’institution de la guerre elle-même.
Un
autre Rotarien a déclaré : « Notre tâche est à l’échelle
humaine et doit être entreprise en mettant en œuvre le même génie et autant
d’efforts que la confection de la première bombe atomique en a exigés … La
civilisation ne peut pas supporter deux — ou plus de deux — camps armés
perpétuellement au bord de la catastrophe nucléaire ». La paix par la
terreur ou par l’existence d’effroyables forces préventives que les
antagonistes brandissent belliqueusement en une menace réciproque et constant,
ne comporte qu’une seule issue : la guerre nucléaire.
Un
chasseur de gros gibier en Afrique approchait tout près de sa proie quand, à
son désespoir, ses guides, qu’il harcelait,
s’assirent soudainement pour se reposer. Il menaça, plaida, offrit des
primes, mais les guides continuèrent à s’éventer tranquillement, à
l’ombre d’un arbre. « Mais pourquoi » , demanda-t-il à
leur chef, d’un ton suppliant, « faut-il que vous vous arrêtiez juste
maintenant » ?
Avec
un sourire énigmatique, le guide répondit : « Les hommes
disent que dans leur précipitation leurs corps ont couru si vite, qu’ils ont
perdu leurs âmes en route et ils doivent attendre maintenant que celles-ci les
rattrapent ! »
La
poursuite haletante de la puissance, de la richesse, de la sommation et du progrès
technologique a entraîné hommes et nations bien loin à l’intérieur de la
jungle. Maintenant, dans la présente pénurie de culture et du respect de la
loi, les hommes ont grand besoin de faire une pause pour permettre à leurs âmes
de les rattraper. Les nations sont comparables à des enfants qui auraient des
fusils entre leurs mains. Les règles et le respect des lois doivent être
enseignés à l’enfant et s’il est impensable d’envoyer un enfant de six
ans avec un fusil chargé à l’école, par contre, cet enfant comprend
pourquoi il faut qu’un policier soit armé.
« Il
est impossible d’imaginer à quelle hauteur le pouvoir de l’homme sur la
matière pourra être portée dans mille ans », écrivait Benjamin
Franklin. « O combien la science de la morale s’améliorerait si
l’homme cessait d’être un loup pour l’homme ! »
La
nécessité d’améliorer et d’adapter les sciences sociales pour les
maintenir au niveau des accomplissements de la technologie fournit une arène
gigantesque pour la sacrifice. Que signifie donc que les hommes traversent les
océans à la vitesse du son si, rencontrant leurs voisins, ils n’ont rien à
leur dire ? A ce vide spatial où règnent le missile et la fusée porteuse
de bombe à hydrogène, correspond un monde où règnent le préjugé,
l’ignorance, la superstition et la tyrannie. Actuellement, les problèmes les
plus pressants de l’homme sont du domaine de l’esprit, cet « espace
intérieur » de la personnalité humaine.
Cette
nouvelle orientation vers « l’homme intérieur » exige la mise en
œuvre des ressources les plus importantes aussi bien que l’appel aux plus
grandes compétences, en vue de l’étude des plus profondes significations de
la vie. Cela signifie que la recherche doit s’appliquer avec une égale détermination
à l’homme et à la machine, au domaine spirituel comme au domaine matériel.
Cela implique la création d’un nouveau climat d’aventure dans les affaires
humaines qui tient compte des progrès de la science. Cela signifie que la
recherche des moyens de relier l’homme à l’homme et les nations aux nations
doit devenir au moins aussi importante que celle de la liaison de la terre avec
la lune.
Un
autre domaine du sacrifice est offert par la campagne entreprise pour obtenir
des nations qu’elles rejettent leurs armes et résolvent leurs différends
avec l’esprit des hommes respectueux de la loi. Le problème est de réaliser
un accord entre les nations pour mettre fin à la course aux armements, problème
évidemment plus facile à pose qu’à résoudre.
Qui
sacrifiera quoi ? Et comment peut-on garantir aux nations consentantes à désarmer
que les autres nations rempliront leurs engagements ? Là s’ouvre la boîte
de Pandore de l’inspection mutuelle, de la capacité de détection et du droit
de réduire la force de ceux qui ne se soumettraient pas.
Une
fable met en scène les grands animaux se rassemblant dans la jungle pour
discuter du désarmement. « Faisons voir à notre ennemi commun l’homme »,
dit le lion, « comment il est possible de vivre ensemble en paix. Si nous
lui donnons l’exemple peut-être cessera-t-il de nous chasser et de nous
massacrer ».
« Que
proposez-vous » ? demanda l’ours.
Le
lion regarda l’aigle : « supprimer les ailes », suggéra-t-il.
L’aigle
regarda le taureau : « détruire les cornes »,
proposa-t-il/
Le
taureau regarda le lion : « se débarrasser des crocs et des
griffes », demanda-t-il.
Suivit
un silence. Tous avaient les yeux fixés sur l’ours. « Je
recommande l’élimination de toutes les formes de défense », dit-il
calmement. « De cette façon chacun de vous pourra disposer de la sécurité
de mes bras affectueux ».
Tout
programme de désarmement implique un sacrifice. Si les grandes puissances
acceptent de désarmer, elles abandonnent leur position de grandes puissances. Dès
lors, elles ne peuvent plus imposer leurs vues aux autres nations par la seule
menace de leur force. De plus, si elles veulent s’assurer que les autres
nations remplissent leurs engagements, elles doivent, elles aussi, se soumettre
aux mesures de contrôle. Pour certains peuples, ces atteintes à leur autorité
et à leur prestige constituent un profond sacrifice. Tandis que d’autres
nations peuvent accueillir avec satisfaction la réduction des forces des
grandes puissances, en pensant que leur propre importance s’en trouve
d’autant accrue par la disparition de la menace, elles peuvent, par contre, découvrir
que le résultat comporte un accroissement corrélatif de leurs responsabilités.
Elles peuvent avoir à renoncer à une neutralité qui leur est chère pour
fournir des forces armées pour la défense commune. Ainsi, le désarmement peut
impliquer un sacrifice également pour les petites puissances.
Pourtant,
qui dénierait que de tels sacrifices soient plus que justifiés s’ils peuvent
contribuer à nous épargner les horreurs d’une troisième guerre mondiale ?
La question est plutôt : de tels sacrifices sont-ils suffisants ?
La
réponse est : non ! En fait, les sacrifices précités deviennent
pure théorie s’ils ne sont pas fondés sur une sorte de sacrifice plus
profond et plus significatif : le sacrifice personnel. C’est dans le
domaine de l’individu, des relations de personne à personne que le vrai
sacrifice commence. Et il doit commencer là et il doit se développer là,
jusqu’à ce que le niveau des gouvernements nationaux s’élève suffisamment
pour que les vues des hommes d’Etat deviennent l’authentique reflet d’une
opinion publique éclairée. Woodrow Wilson s’exprimait ainsi :
« Les
méthodes de la liberté sont telles que c’est vous qui devez me parler parce
que je suis votre guide et non pas moi qui, pour cette raison, doive vous parler.
Mon devoir de guide me fait obligation d’écouter les voix de tous les hommes
de toutes catégories et de toutes conditions qui se font entendre jusque dans
les plus petits hameaux.»
Cependant,
le seul fait de faire entendre sa voix constitue déjà un sacrifice, plus grand
en certains endroits qu’en d’autres. On constate, d’ailleurs, avec une amère
ironie que ce sacrifice paraît parfois trop grand précisément où il est le
plus facile et d’où il est le plus attendu.
« Pourquoi
me tourmenterais-je ? De toute façon, qui se soucie de ce que je pense ?
Je suis trop occupé. Après tout, ce sont les politiciens qui décident de
tout. »
Cependant,
faire entendre sa voix avec sagesse et discernement, en s’appuyant sur la
connaissance et la discussion, constitue un défi bien plus tentant. Comme il
est plus facile d’inviter un orateur expert à faire un exposé au Rotary club
que de creuser les faits et présenter son sujet soi-même ! Moyennant un
peu de bonne volonté comme il est plus facile de donner une conférence — vos
propres opinions et votre choix des faits — que tenter de diriger une
discussion animée au cours de laquelle vous pouvez rencontrer un barrage
d’opinions.
Ces débats, déjà mentionnés, au cous desquels chacun se met dans la
peau des autres, de son prochain, peuvent prendre beaucoup de temps et exiger
des participants plusieurs semaines d’études, mais que l’une de ces réunions
soit tenue et le niveau de compréhension des affaires mondiales s’élève
d’une façon appréciable. Qui peut estimer le bien qui résulterait de
semblables études et de tels débats s’ils étaient mis en pratique dans le
monde entier ? Ces activités exigent cependant d’importants sacrifices
personnels — et ceux-ci appartiennent à l’espèce la plus désagréable —
ils impliquent la privation de télévision, de leçons de danse, de réunions
mondaines, de théâtre, ou vous empêchent de repeindre le rez-de-chaussée ou
de construire le bateau dont vous rêviez.
Périclès
disait : « Nous n’acceptons pas que notre participation aux
affaires de la cité vienne nous gêner dans nos occupations personnelles ;
nous ne nous en remettons à personne pour l’esprit d’indépendance, pour la
confiance en soi, mais nous considérons celui qui se tient à l’écart des
affaires publiques comme un être inutile ». Et les Grecs avaient un mot
pour qualifier l’homme inutile, un citoyen « à part » :
« idiotès » qui a donné le mot « idiot ».
Ceci
conduit à un autre genre de sacrifice personnel : la constatation que
notre point de vue peut ne pas être déformés par la propagande, que notre
culture peut avoir quelque chose à apprendre d’une autre culture. Pour
beaucoup de personnes ce dernier élément constitue le coupe ultime, celui qui
atteint l’orgueil personnel et national. L’observateur superficiel ne peut
croire que les principes qu’il a adoptés, le genre de vie qu’il a accepté,
ne se retrouveront plus dans les
principes et le genre de vie de la prochaine génération, que le fondement même
de son genre d’existence sera balayé et que, peut-être, pour cette raison,
la société sera meilleure.
Ceci
peut être la pilule la plus amère qu’il faille avaler, mais alors une telle
souplesse de l’esprit humain peut rendre le chemin du sacrifice beaucoup plus
facile.
A
perfection de leur civilisation nous conduit à penser que les Grecs avaient
compris cette évolution. Pendant des milliers d’années, le monument ou trophée
fut le symbole de la victoire, et ces trophées, par leur structure et leur
substance, sont les reflets des matériaux naturels du pays. En Egypte, où la
pierre était abondante, le monument était une dalle ou une tablette sur
laquelle le récit des faits glorieux était gravé ; plus à l’est régnait
le sable en tas élevés ou de formes étranges, surmontés parfois de têtes
coupées ou d’ossements. En Grèce, le matériau était le bois, dans lequel
le vainqueur pouvait sculpter son trophée. Mais il n’était pas permis de le
réparer ! Ainsi, ce vainqueur comprenait que le trophée périrait bientôt
et tomberait en poussière aussi sûrement qu’il avait vaincu l’ennemi et érigé
son monument. Il savait bien que la seule chose permanente était l’instabilité.
Cette
constatation n’implique pas l’irrésolution ou l’absence d’objectifs. Ce
n’est pas une doctrine de paix à tout prix ; la chronique des Grecs le démontre.
Cette attitude crée cependant l’espérance, et l’espérance est l’un des
points de repère sur le chemin du sacrifice.
Ici,
les chemins de la justice et du sacrifice se confondent, mais une discussion sur
les positions qui conduisent au sacrifice serait incomplète si l’un des plus
importants dilemmes de cet âge atomique n’était pas pris en considération.
Même si la menace d’annihilation disparaissait, il subsisterait un autre
problème chargé d’un désastre potentiel. La misère et l’ignorance dans
les pays les moins développés constituent un terrain d’élection pour
l’agitateur, pour l’individu ambitieux ou pour les nations qui cherchent à
accroître leur puissance en pêchant en eau trouble. La force armée ne peut réduire
l’insurgé, car tôt ou tard ce dernier s’armera. Ainsi, le désarmement et
le contrôle des armements des grandes puissances ne constituent pas en eux-mêmes
une solution, à moins qu’un ordre nouveau puisse être instauré qui
encourage les espoirs et gagne l’allégeance de ces millions de gens qui s’émancipent.
Le
nœud du problème est celui-ci : Quels sont ces millions de gens qui s’émancipent ?
D’ignorants sauvages qui devraient être laissés à leur sort ? Des
travailleurs à la disposition d’une technocratie enrégimentée ? Les
soldats d’une puissante armée en marche ? Les pions du jeu des
puissances politiques ? Ou bien des hommes utiles et libres qui, d’une façon
ou d’une autre, doivent être aidés à entrer en possession de leur juste
part d’héritage de dignité, d’autonomie gouvernementale et de respect
d’eux-mêmes ? Chacun répondra à cette question à sa façon, mais il
fournira sa réponse, même si celle-ci n’est que la décision de ne pas répondre
du tout.
Celui
qui est attiré par le chemin du sacrifice étudiera à nouveau le sens du mot
« paix ». Il y réfléchira
et discutera ce mot en recherchant de nouveaux sens et de nouvelles techniques.
Aussi longtemps que le concept sera négatif en se définissant par « l’absence
de guerre », aussi longtemps que les efforts se limiteront à contenir les
éventuels agresseurs ou à réduire les moyens d’agression, les résultats ne
seront, probablement, que désillusions et dangers. C’est seulement en
transformant le concept et en définissant la tâche précise et constructive
d’instaurer l’ordre dans le monde que l’individu pourra découvrir un
chemin qui justifie son sacrifice personnel.
L’illettré
qui se débat avec son alphabet combat pour la paix. L’agriculteur qui peine
pour accroître sa récolte, les hommes de science qui luttent contre la maladie
et qui, patiemment, organisent les moyens de réduire le fardeau de la peine
humaine, l’homme d’affaires et le syndicaliste qui élèvent le niveau de
l’habileté professionnelle, les citoyens qui se font les champions de la
cause des droits humains ou qui se placent en tête pour promouvoir la loi
internationale, tous ceux-là, et bien d’autres encore, tous sont des
pionniers à la recherche de la paix. Les chemins de la liberté, du progrès et
de la justice déjà imposés au Rotarien dans les « Grandes lignes de la
politique » se fondent dans celui du sacrifice, du sacrifice personnel
pour la paix. La paix est l’enjeu d’une bataille qui doit être gagnée.
Si
les relations internationales restent l’apanage des démagogues et des
diplomates, les obstacles à la paix pourront n’être jamais surmontés. La
paix doit devenir le but personnel des hommes d’affaires, de ces hommes qui
ont l’habitude d’obtenir que les choses soient faites. Qu’ils veuillent
bien observer une pause pour considérer la signification de leur existence et
ils réaliseront qu’ils sont les lus intéressés au résultat de ces efforts.
Dans la présente dérive vers la guerre et la révolution, ils ont le plus à
perdre mais aussi le plus à gagner dans la création d’un ordre nouveau basé
sur la liberté, le progrès et la justice.
Le
chemin du sacrifice comporte un appel impératif aux Rotariens, car il implique
vraiment l’application de l’idéal de servir. Des milliers de Rotariens répondent
à cet appel. Cependant, bien plus pourrait être accompli par un dévouement
plus profond aux principes du Rotary, par une pratique plus active des contacts
rotariens et par une direction plus efficace et mieux informée de leurs propres
villes. Est-ce trop attendre « des représentants des diverses
professions, unis dans l’idéal de servir » ?
Pour
la génération précédente, le sort de l’homme se définissait comme une
« course entre l’éducation et la catastrophe ». Avec chaque année
qui passe, le pas s’est accéléré. L’appel au sacrifice personnel se révèle
plus impératif. Il vient des hommes d’Etat, des lettrés et des orateurs de
tous les partis et de toutes les croyances, mais un général, qui fut longtemps
exposé aux hasards des batailles, l’a exprimé plus catégoriquement.
« Maintenant
que la lutte a temporairement cessé, l’impression dominante qui émerge du
spectacle c’est la totale inutilité de l’énorme sacrifice en vies humaines
et en mutilés qui en a été le résultat. Une nation a été éventrée et
nous en sommes aujourd’hui exactement où nous en étions avant que tout ait
commencé.
« Cette
nouvelle expérience souligne la futilité sans nom de la guerre moderne, son échec
total en tant qu’arbitre des litiges internationaux. Nous devons finalement
conclure que la guerre est un instrument de politique périmé et qu’elle ne
fournit d’autre solution que le suicide international.
« Tandis
que nous devons nous tenir prêts à faire face à l’épreuve si jamais la
guerre surgissait, nous devons diriger nos politiques intérieures et étrangères
vers le but ultime : la disparition de la guerre de la surface de la terre.
On ne peut pas contrôler la guerre, on ne peut que l’abolir ».
Soyons
assurés que l’abolition de la guerre est une entreprise qui demandera
beaucoup à l’esprit de sacrifice. Depuis si longtemps, par la tradition,
comme dans les récits de l’histoire, la guerre a été tellement glorifiée,
ses hauts faits ont été si précieusement conservés par la légende et par la
chanson qu’il sera dur de la faire mourir. Cependant, l’enjeu d’une
bataille victorieuse contre ce fléau de l’humanité vaut bien toutes les
peines.
7
Le
chemin de la fidélité
« Il
recommandera à tous et mettra lui-même en pratique un esprit de compréhension
à l’égard des croyances d’autrui pour accéder à la bonne entente
internationale, tout en reconnaissant qu’il existe certaines normes morales et
spirituelles qui sont fondamentales et qui, mises en pratique, donnent à la vie
plus de richesse et de plénitde.»*
* Extrait des « Grandes lignes de la politique du R. I. dans le cadre
de l’action internationale ».
Ayant
étudié sérieusement ces chemins vers la paix, le Rotarien peut se demander : « Que
faut-il de plus » ?
Ces
six chemins : patriotisme, conciliation, liberté, progrès, justice et
sacrifice proposent un vaste domaine à l’activité courageuse soutenue par
l’imagination. L’homme éclairé et raisonnable peut se définir ainsi :
—
Un patriote dont la
fierté pour les réalisations de sa patrie bien-aimée s’élève au-dessus de
toutes les affirmations de supériorité nationale ou raciale.
—
Un défenseur résolu
de la liberté pour tout être humain.
—
Un optimiste qui
apporte activement sa contribution à l’amélioration des niveaux de vie.
—
Un réaliste déterminé
à soutenir la justice par la mise en pratique de ses principes universels.
—
Un homme prêt à
faire des sacrifices personnels pour la paix.
Que manque-t-il d’autre à cet homme éclairé si ce n’est la force
spirituelle pour le soutenir dans cette recherche de la paix ?
L’existence de ce septième chemin doit impliquer le témoignage que
l’homme ne vit pas seulement de pin et que, dans notre monde d’idéologies
concurrentes, la cause de la camaraderie mondiale doit dépasser les considérations
matérielles pour atteindre le but qui en constitue l’ultime signification. En
fait, il s’agit d’une cause pratique : il faut s’attaquer à la
solution de problèmes concrets, tels que ceux qui sont fournis par les préjugés,
les tensions internationales, la pauvreté et l’injustice. Mais cette cause
doit être également positive dans le plus terre à terre des domaines, en
donnant une signification à la vie de l’homme et en recherchant les réponses
aux éternelles questions : Quelle est la signification de tout cela ?
Pourquoi suis-je ici ?
Le
Rotary peut-il proposer un tel chemin ? Si le septième chemin devait
comporter un tel enseignement, il s’écarterait de la fonction et du domaine
du Rotary. Cette déclaration ne sera jamais faite avec assez de force. Pour
dissiper les malentendus, il peut suffire de citer la réponse catégorique que
fit un président du Rotary International à une importante communauté
religieuse qui avait soulevé la question :
Le
Rotary n’est pas une association secrète. Il ne requiert aucun serment ;
il n’a de secrets d’aucune sorte. Ses réunions, ses activités et ses
archives sont publiques.
Le Rotary ne cherche à remplacer aucune organisation religieuse ou
charitable, pas plus qu’il n’a l’intention d’entrer en conflit avec
elles.
Il y a de nombreuses années, le Rotary International, réuni en congrès, déclarait :
« Tout Rotarien se doit d’être un membre fidèle de la Communauté
religieuse ou de l’Eglise à laquelle il appartient et doit mettre en pratique
les préceptes de sa religion dans chacun de ses actes.
« Les aptitudes requises pour devenir membre du Rotary club ne
prennent pas en considération les questions de race, de religion ou
d’appartenance politique.
« Le Rotary entend que son programme de l’idéal de servir soit en
accord avec toutes les religions ».
« Fidèle »
est le mot-clé de cette déclaration : tout Rotarien se doit d’être un
membre fidèle de la Communauté religieuse à laquelle il appartient. De plus,
les « Grandes lignes de la politique » font encore un pas en
exhortant à comprendre la fidélité des autres hommes, faisant de cette compréhension
une obligation pour l’accomplissement d’une vie bien remplie. La mauvaise
volonté mise à comprendre les gens dont les conceptions sont différentes des
nôtres n’est pas un des plus petits problèmes de nos jours. Le Rotary met en
contact des hommes de convictions religieuses différentes, à l’aide d’une
camaraderie fondée sur le respect mutuel. La camaraderie pratiquée dans cette
atmosphère prend une haute signification et se transforme bien vite en amitié.
Les
procédés si simples du Rotary sont offerts au monde : l’accueil amical,
la réunion autour de la table, l’échange d’expériences et la sympathie
grandissante. Ces méthodes familières ne peuvent-elles pas se répandre entre
les peuples actuellement séparés par les barrières de la suspicion, des
souvenirs amers et des différences de conceptions ? Des relations
mondiales de cette nature ne pourraient-elles pas aider à guérir les blessures
de l’humanité ? Si cela se pouvait, nous pourrions voir réalisé le rêve
du poète Whitman :
« Je
rêvais et voyais dans mon rêve une cité invincible aux attaques du reste de
la terre. Je rêvais que c’était la nouvelle Cité des Amis, la seule qui
pouvait durer, la seule cité imprenable, la nouvelle Cité des Amis. »
L’instabilité
spirituelle qui caractérise la société industrialisée et qui — suivant
l’opinion de la plupart des autorités — s’accroît rapidement, trouve, en
grande partie, son origine dans les contraintes de la société. L’individu,
qui patauge au milieu d’événements qu’il ne comprend ou ne peut contrôler,
regarde autour comme au-dedans de lui-même. Et que voit-il ? Il voit d’autres
personnes qui lui ressemblent mais il découvre aussi que son propre être
égoïste et présomptueux n’est qu’une part seulement de sa personnalité.
Derrière son masque d’égoïsme, il existe un véritable être spirituel qui
a le souci intime des autres humains auxquels il est relié. Ceci est le
dynamisme intérieur qui se projette vers les autres humains avec l’intuition
que, suivant l’expression de Paul Tillich, l’homme n’est pas une chose
parmi les choses, mais un être.
Dans
Peer Gynt, Ibsen fait dire au
directeur d’un asile d’aliénés ce qui ne va pas avec nombre de ses malades.
Ceux qu’il décrit souffrent d’angoisse pour eux-mêmes mais ne se soucient
pas des autres.
« En
dehors d’eux-mêmes ? Oh non ! Vous vous trompez. C’est ici que
les hommes sont le plues eux-mêmes. Eux-mêmes et rien qu’eux-mêmes, volant
avec les ailes de leur moi entièrement déployées — tonneaux bouchés à la
bonde de « Moi », salés, conservés dans un puits d’égoïsme.
Aucun qui n’ait une larme pour le malheur des autres ou qui se soucie de ce
qu’ils pensent. »
Il
y a un « Je » universel dans l’humanité aux époques de ses plus
hauts développements et les observateurs de l’évolution sociale constatent
l’évidence que ce « Je » de l’égoïsme atteint les autres et réagit
sur eux. Les conséquences de la découverte intérieure de l’homme peuvent être
graduelles et parfois incertaines, mais on n’en peut douter. Il est de plus en
plus accepté que pour penser à soi, nous devons penser aux autres. Cette vérité
est fondamentale au Rotary. La société étant cependant ce qu’elle est, il
existe un autre aspect de cette compréhension. Un chanoine de l’Eglise
d’Angleterre, réputé pour son esprit, présentait, un jour, la question de
la façon suivante : « Aujourd’hui », disait-il, « nous
sommes tous des brutes, des hommes las ou des perplexes », et ceci résulte,
suggérait-il, de l’accroissement et de la diffusion des connaissances, de la
dégradation de notre foi personnelle sous l’influence d’autres croyances.
Les
attitudes et les activités proposées par le chemin de la fidélité sont
destinées à fournir une protection contre les effets destructeurs de la
diversité. Peut-être cependant faut-il d’abord en examiner plus complètement
les effets. Quelle est par exemple la réaction d’un individu qui découvre
que les croyances des autres diffèrent des siennes ? Il est, peut-être,
une de ces brutes. Lorsqu’on lui dit que le monde est gris et non noir et
blanc, il voit rouge. Il considère celui qui est différent de lui-même comme
un rival et un ennemi. La fidélité de l’autre l’irrite, il brûle ses
livres, perturbe ses réunions. Il cherche à sauvegarder sa propre fidélité
en l’isolant ; il s’en remet à un mode d’expression fanatique et véhément :
il peut provoquer les voisins jusqu’à ce qu’ils finissent par faire de
lui-même un martyr. C’est l’homme qui ne voit que ce qu’il veut voir et
n’entend que ce qu’il souhaite entendre. Il est comme le prédicateur qui,
annotant en marge son sermon, écrivait quelque part : « Ici argument
faible, parler très fort ».
Une
réaction agressive à la découverte de la diversité, comme à celle de faits
désagréables, détruit la possibilité d’apporter une contribution au long
d’aucun des chemins enjoints au Rotarien. Non moins destructives sont les réactions
des « hommes las ». Leur ardeur et leur énergie sont sapées par
leur impuissance à se décider. De même que les brutes, ils exigent la
solution simple. La diversité les éprouve et souvent, fatigués d’être las,
ils font cause commune avec les fanatiques. Une foule e ces âmes lasses se
trouver dans l’entourage de tout dictateur. Elles peuvent se rencontrer parmi
les millions de ceux qui concluent que ce qu’ils pensent est sans importance
puisque, de toute façon, « d’autres » prendront les décisions.
D’après
le chanoine, le reste de l’humanité est constitué par les gens perplexes,
par ceux qui n’ont pas plus adhéré à aucun fanatisme qu’ils ne se sont
abandonnés au dégoût du monde, encore qu’aux prises avec les tiraillements
des doctrines ils s’interrogent tant sur les réponses qu’ils doivent donner
aux éternelles questions que sur ce qu’ils doivent penser de ceux qui ont
pris position. Ils n’ont jamais fini de rassembler les faits, de rechercher de
nouvelles autorités, de confronter de nouvelles théories et de discuter de la
pertinence de l’histoire ; ce sont les gens qui repoussent indéfiniment
le temps de l’action ou de l’engagement jusqu’à ce que « tous les
faits soient rassemblés ». En conséquence par des « décisions par
défaut ».
Le
chemin fidélité fournit aux « gens perplexes » un moyen de se libérer
de leur état d’indécision. Fidélité signifie engagement et action ;
engagement à quelque chose de plus important que soi-même, à quelque chose
qui se trouve au-delà de soi-même. Cela signifie approfondir une position
logique donnée et dire : Vire mon point de départ, ma base
d’exploration. Mais, à partir de maintenant je suis là avec mes semblables
et cela implique la présence de ceux qui sont prêts au même dévouement —
« l’amitié profonde de l’homme pour son camarade », comme
l’appelle Whitman. Aux « hommes las » le chemin de la fidélité
se présente comme un charme et un encouragement à vivre. Quel que soit le résultat,
il est quelque chose que l’individu fidèle peut en retirer :
l’acceptation du défi porté aux esprits chercheurs, la satisfaction que
donne le service créateur, le ferme ancrage de la responsabilité personnelle.
Il est normal que les hommes recherchent les méthodes faciles, les chemins
descendants, les solutions toutes faites. Dans un monde d’automation, il est
naturel que les hommes recherchent une fidélité toute faite et une paix
facile. Si la guerre peut éclater spontanément, la fidélité et la paix
devraient pouvoir naître aussi vite. Mais il n’en est rien.
Une
fable illustre la tragédie de « l’homme las », de celui qui, par
dégoût ou par paresse, arrive à la conclusion que l’absence de la
contribution d’un homme parmi tous les autres est sans importance. Il faut décidé
un jour que tous les hommes de la terre crieraient O…O… en même temps, pour
qu’ainsi la voix du monde soit entendue sur la lune. Quand le moment du cri
colossal fut venu, tous étaient si curieux de l’entendre que chacun décida
d’écouter sans proférer son cri. On dit que ce grand événement a pris
place, à l’instant, parmi les plus silencieux de l’histoire.
A
la brute, il faut dire que d’autres éprouvent le désir de faire la
connaissance de l’homme qui sait où il va et qui, de plus, se réjouit dans
la confrontation de ce qu’il pense avec ce que pensent d’autres personnes
dont les fidélités sont différentes des siennes tant par leurs origines que
par leurs objets. Sachant et appréciant la profondeur de leurs convictions, sa
fidélité personnelle attire l’intérêt et le respect ; il en est de même
des voyageurs qui, se rencontrant en cours de route, se réjouissent chacun à
leur façon. Les relations humaines, qui sont le génie du Rotary, mettent en œuvre
l’imagination ; elles sont comme une projection de l’âme de chacun
dans celle d’autrui, voire dans celles de tout un peuple.
Le
Rotary se donne le dessein de multiplier et de généraliser ces relations pour
développer la compréhension, la bonne volonté et la paix. A l’intérieur de
chaque club, des hommes aux occupations et aux convictions différentes sont
portés l’un vers l’autre ; à l’extérieur, la camaraderie mondiale
du Rotary fournit à chaque Rotarien sa chance de se sentir attiré par des
hommes d’autres nations, d’autres cultures et d’autres traditions et, réciproquement,
d’être recherché par eux. Le témoignage qu’un homme apporte du sens de la
vie, renforce cette signification pour les autres.
En
de nombreuses occasions, cependant, la fidélité a été discréditée. Comment
peut s’expliquer autrement l’apathie religieuse — si l’on distingue la
piété de la fréquentation sans signification de l’église — le relâchement
des attaches familiales, le nombre de foyers brisés, la trahison inconsidérée
de leur pays dont se sont rendus coupables des gens dont l’éducation et la
situation semblaient pourtant fournir des garanties certaines, le fanatisme
sauvage et le vide apathique de tant d’existences ? On peut faire appel
à de nombreuses raisons sociales et économiques pour expliquer cet état de
choses, mais se serait-il produit si l’éducation dans la pratique de la fidélité
n’avait pas été si négligée et si dépréciée ? Un écrivain désenchanté
fournit ainsi son témoignage : « J’appartenais à la race étrange
de ces gens pertinemment décrite comme passant leur vie à faire des choses
qu’ils détestent, à amasser un argent dont ils n’ont nul besoin, à
acheter des objets qui leur sont inutiles et à impressionner des gens qu’ils
n’aiment pas ». Quelle image de la futilité, de l’absence de toute
fidélité à toute chose ou à tout être !
Une
histoire prétend qu’au prince des ténèbres, qui exultait sur son trône,
quelqu’un vint murmurer de mauvaises nouvelles. Quelque part sur la terre,
l’homme avait découvert une bonne idée. L’espace d’un instant, Satan se
montra décontenancé et ébranlé, mais il se reprit bien vite et, avec un
sourire diabolique, répliqua :
« N’ayez
pas de soucis, je vais leur apprendre à la mettre en pratique, leur idée » !
On
observe à travers le monde des manifestations sans nombre de la tendance à déprécier
les bonnes idées, à en organiser le dégoût, à en diluer la signification en
usant de mots et de mensonges jusqu’à leur faire perdre toute signification.
Même l’impulsion naturelle qui pousse les enfants à se grouper pour la
poursuite d’un but juvénile est vulgarisée et exploitée. L’athlétisme
qui fournit de merveilleux moyens d’éducation pour la formation de l’esprit
d’équipe, est trop souvent corrompu par l’emphase dont sont l’objet les
exploits des « as » et par les recettes des guichets. La
signification des grands jours de l’année consacrés aux manifestations
religieuses ou patriotiques est parfois dénaturée dans des buts inavouables.
Dans
le monde entier, la fidélité a été dénaturée sur une grande échelle pour
servir des buts immédiats sans égard pour ceux ou pour ce qui pouvait être
sacrifié. Dans un tel état de choses, un mode de vie devient une obsession, un
programme économique une religion et les mots remplacent les faits. La
recherche de la vérité cesse d’être une découverte fondée sur
l’observation et l’expérience, pour être remplacée par la collecte des
seuls faits qu’il est nécessaire de rassembler pour confirmer des axiomes préétablis.
L’enrégimentement et le totalitarisme s’attaquent à l’esprit et
verrouillent la porte à la vérité. La fidélité est constamment attaquée
dans les pays totalitaires. Les enfants sont entraînés à espionner leurs
parents et leurs maîtres. Les idées sont strictement censurées de crainte que
la fidélité à la vérité et à la justice ne mettent à l’épreuve les
buts de l’Etat. La crainte d’être poursuivi, en se groupant, décourage les
relations amicales. Les associations indépendantes pour des fins sociales,
religieuses ou politiques sont soumises à la persécution.
Cependant,
en dépit de ces conditions décourageantes, l’élan vers la fidélité refuse
de se laisser écraser. Le feu du martyre la fait briller plus claire et plus
pure. Même la terreur du camp de concentration et le risque de leurs vies
n’ont pas empêché des milliers d’êtres humains de s’enfuir pour aller
chercher refuge dans ces parties du monde où règnent encore la fidélité et
l’indépendance.
Les
mobiles héroïques de ceux qui prennent tant de risques pour la liberté ne
doivent pas, cependant, être mécompris. Un exemple éclatant est donné par le
jeune pilote polonais qui déserta son pays pour amener le premier avion à réaction
russe que l’ouest eût jamais vu, sauf en combat. Quelques semaines plus tard
une récompense de 100.000 dollars fut offerte à tout pilote de MIG qui
coudrait rivaliser avec ce coup d’éclat. Le résultat fut décourageant et
une explication fut demandée au pilote polonais. Il fit comprendre que ceux
dont on pouvait espérer qu’ils prendraient ce risque seraient mus par le
sentiment de l’honneur et de la liberté mais non pas par l’espoir du gain.
La fidélité ne s’achète pas.
La
pression du matérialisme a créé des obstacles à la fidélité. Le monde
entier trépigne dans la création et l’accumulation des objets. Les nations
rivalisent dans la création et l’accumulation des objets. Les nations
rivalisent dans la production de l’acier, le chargement des camions et les
fabrications de toutes sortes. Le symbole du succès pour une société n’est
pas fait des grandes idées ou des grands hommes qu’elle enfante, mais des
objets qu’elle produit. Bien sûr, les objets ont leur place dans la marche
vers l’émancipation de l’humanité, dans sa libération de la peine
physique, de la privation, du travail pénible, mais quelle est la raison de
cette émancipation ?
Une
image est fournie par un homme et sa femme qui font un long voyage en voiture.
La femme lit la carte et dirige son mari. Soudain elle s’exclame : « Jean,
nous voilà perdus ! » L’homme serre davantage le volant, appuie un
peu plus sur l’accélérateur et réplique : « Qu’est-ce que
cela peut bien faire … nous faisons de la vitesse ».
L’humanité
vit dans un âge de technologie, qui met des machines à sa disposition pour résoudre
tous les problèmes de la vie, même dans le domaine de a pensée. « La
marche du progrès » est devenue une fin en soi et non un moyen ; le
but de la vie est sans importance. Il n’est pas surprenant, dans ces
conditions, que l’homme mette l’accent sur l’action plutôt que sur la
pensée, sur les choses plutôt que sur les êtres, sur le progrès plutôt que
sur la fidélité. Le matérialisme sans la modération de la fidélité conduit
inévitablement vers l’attitude qui se caractérise par : Il
n’y a ni futur ni passé, il n’existe que « maintenant ».
Quand
on observe combien la fidélité a été dévaluée et amoindrie, on pourrait
conclure que c’est une cause perdue. Cependant, l’apparence est souvent
prise pour la réalité. Maintes fois, dans le cours de l’histoire, les causes
qui paraissaient perdues ont inspiré les plus hautes expressions de la fidélité.
Sa force ne se manifeste pas par les applaudissements au conquérant ou en
prenant place sur le char du vainqueur, mais dans les moments les plus désespérés.
Reportez-vous aux martyrs chrétiens bravant la puissance romaine. Pensez aux
patriotes maintenant, à travers les siècles, leur fidélité à leur patrie,
alors qu’elle avait été effacée de la carte.
Les
plus riches expériences personnelles, aussi, peuvent surgir aux temps où le
besoin du maintien de la fidélité est le plus impérieusement ressenti. Ces
temps ne sont-ils pas ceux de l’épreuve et des espoirs vacillants ?
L’homme
d’Etat qui matérialisa la volonté inflexible d’une nation restant seule
debout contre une adversité sans espoir exprima une confiance que les événements
ultérieurs devaient justifier. « Des lois justes ou injustes peuvent
gouverner les actes des hommes », dit Winston Churchill à un auditoire américain
en 1949. « La tyrannie peut limiter ou réglementer leurs propos.
L’appareil de la propagande peut remplir leurs cerveaux de mensonges et les
priver de la vérité pendant de nombreuses générations. Mais l’âme humaine
ainsi maintenue en catalepsie ou engourdie dans la profondeur d’une longue
nuit peut s’éveiller tout à coup grâce à une étincelle venue. Dieu sait
d’où et, en un instant, la totalité de l’édifice du mensonge et de
l’oppresion s’écroule. Les peuples en esclavage ne doivent jamais désespérer ».
Beaucoup
de spectaculaires manchettes sont inspirées par des hommes qui, supprimant la
liberté, font leurs les buts égoïstes et exaltent la force brutale, hommes
dont la fidélité est restée au niveau de celle de l’homme des hommes, prélèvent
encore leur écot, mais l’esprit humain réagit quand il est soutenu et inspiré
par une fidélité résolue.
Patriotisme,
conciliation, liberté, progrès, justice et sacrifice, chacun de ces concepts
représente un but de perfection qu’il est difficile d’atteindre, mais les
Rotariens possèdent un sentiment profond de fidélité à une camaraderie
mondiale qui les réunit à tous les peuples. Leur fidélité est expansive,
mais elle est bien ancrée sur des fondations qui ont résisté aux marées et
aux courants de leurs propres communautés.
La
fidélité appartient à ce qui a été appelé les « inviolables frontières »
de l’esprit humain, lequel ne peut être soumis à l’éprouvette du
laboratoire. Les savants peuvent réduire le monde à des voisinages géographiques,
mais ils ne peuvent faire que les voisins s’aiment ou se respectent. Ils ne
peuvent pas plus « isoler » que produire les moyens qui systématiquement
utilisés pourraient créer le respect et l’entraide dans un monde d’interdépendance.
Les travaux de nos géniaux savants pourraient plus vraisemblablement produire
la vie que créer l’amour. Le
dernier mot reste à l’esprit.
Cependant,
un savant, prenant la parole à un congrès du Rotary International, fit le
croquis d’un passage extrait de la « Vallée de l’imminente
destruction », passage qui peut démontrer comment une réunion du chemin du
progrès et du chemin de la fidélité conduirait à la paix.
Le
Dr Donald H. Andrews, chimiste, dit aux Rotariens et à leurs familles :
« Les
mêmes expériences qui nous ont donné l’énergie atomique sont en train de
nous fournir… des perspectives atomiques. Nous regardons à l’intérieur de
l’atome et voyons que l’atome est plus que la matière. Si vous voulez, en
un mot, nous voyons que l’atome est musique. Et c’est à cause de cette
perspective nouvelle, du fait que la science montre quelque chose au-delà de la
matière, que nous pouvons trouver l’espoir pour l’avenir, l’espoir que
nous pourrons enfin construire ce grand, merveilleux et nouveau monde de paix et
de vie abondante pour chacun…
« Quelle
est, au sein de chacun de nous, cette force mystérieuse, qui domine et contrôle
ce vaste flux d’atomes qui se déplacent à travers notre être à chaque
moment de notre vie ? Aujourd’hui, la science affirme comme une profonde
vérité que la quantité demeure constante pendant la transformation.
« Ici
se trouve l’étincelle de vie — appelez-la esprit ou âme, si vous voulez
— qui, je ne sais comment, au-dedans de nous-mêmes demeure constante et
domine ce vaste mouvement qui constitue notre vie, et là nous touchons la vérité
suprême. La science dit que la réalité que nous connaissons et avec laquelle
nous sommes en contact, la suprême et dominante réalité, est l’esprit
humain. Si maintenant nous nous tournons vers l’univers extérieur comme nous
l’avons fait pour l’univers intérieur, nous trouvons la même réponse. Les
étoiles sont faites d’atomes. Leurs atomes chantent. La musique des cieux est
plus que la simple imagination du poète. Les étoiles chantent. Et comme nous
regardons plus loin encore, vers la nature du temps et de l’espace, nous
trouvons encore une nouvelle réponse…
« La
réelle puissance de l’univers n’est pas la fracassante puissance de
l’atome, mais celle de l’amour, l’amour que nous devons ressentir pour nos
semblables, l’amour que notre Créateur a pour nous et que nous devons avoir
pour Lui. Et, à cause de ces nouvelles perspectives de la science, nous voyons
l’espoir de créer ce nouveau monde de paix, de bonne volonté et de vie
abondante pour toute l’humanité… »
Les
Rotariens ne disposent pas du pouvoir magique de créer instantanément ce monde
nouveau, mais ils sont dans la situation enviable de pouvoir provoquer une réaction
en chaîne de camaraderie et de service. Un Rotarien — suivant la technique de
la désintégration de l’atome — peut être le catalyseur de deux autres ;
ces deux-là peuvent en faire réagir quatre qui, à leur tour, en déclencheront
huit et, ainsi de suite. Ils peuvent posséder une telle foi et un tel
enthousiasme que leur fidélité peut se communiquer à d’autres avec la même
ardeur.
Le
Rotary n’a pas de solution rapide à offrir à un monde tourmenté, mais,
individuellement, les Rotariens croient avoir déjà élargi la fissure du mur
de l’incompréhension et de la méfiance. Avec chaque jour qui passe, avec
l’aide d’un barrage de camaraderie et de service, ils précipitent sa désintégration.
Ils ne peinent pas seuls et prennent courage en pensant que tous les hommes de
bonne volonté se rassemblent, en esprit, dans l’universelle recherche de la
paix.
Impact
(Conclusion)
Peu
de temps avant une élection, et dans le but d’encourager les électeurs à
faire leur devoir le jour du vote, le quartier londonien de Lambeth avait
organisé une exposition. On y voyait beaucoup de choses intéressantes :
illustrations d’incidents pittoresques survenus au cours de la longue lutte
pour la conquête du droit de vote, diagrammes enregistrant les variations de
l’intérêt pris par les électeurs lors des élections passées, cartes et
modèles réduits des améliorations projetées par le district ainsi que de
courtes biographies des candidats. Cependant, celle des attractions qui attirait
le plus de monde était constituée par une boîte mystérieuse portant une
pancarte où l’on lisait :
CETTE PERSONNE PORTE LE
FARDEAU LE PLUS LOURD.
Les
visiteurs, invités à jeter un coup d’œil à l’intérieur de la boîte,
devaient, à cet effet, appuyer sur un bouton et une lumière s’allumait qui révélait
le seul objet contenu dans la boîte : un miroir !
Un
Rotary club se proposant d’organiser une exposition sur l’action
internationale ne pourrait-il pas utiliser la même boîte mystérieuse
renfermant un miroir dans lequel un Rotarien se regarderait ? Cette
attraction fournirait un bon moyen de matérialiser la conception de l’action
internationale suivant la définition qu’en donnait un Rotary club danois à
la fin d’une année d’excellent travail :
L’activité
internationale doit être assurée par chacun des membres du club. La commission
d’action internationale n’est pas une section indépendante ou exclusive à
l’intérieur du club. Elle dirige, conseille, informe et aide chacun des
Rotariens, c’est-à-dire vous-même, dans toutes les questions concernant
l’action internationale, de telle sorte que vous puissiez apporter votre
contribution à ce service essentiel du Rotary. En tant que Rotarien, cette tâche
vous incombe.
Cette
pensée conditionnait le programme d’un président du Rotary International qui
pressait les Rotariens de trouver « leurs sentiers personnels vers la paix ».
Une telle exhortation fournit à chacun l’obligation de définir ses objectifs
personnels, d’observer dans son entourage tous les aspects de la vie locale
pour découvrir où l’information et le service sont utiles. Il ne s’agit
pas de dire au Rotarien ce qu’il doit faire mais de l’aider dans la tâche
qu’il s’est assignée et le convaincre que celle-ci est importante.
Rotariens et non-Rotariens doivent comprendre que les accomplissements
du Rotary sont l’œuvre des Rotariens.
« Après
des années d’efforts acharnés », écrivait le Rotarien néo-zélandais
qui, le premier, entreprit l’étude des sept chemins menant à la paix,
« nous nous heurtons toujours au même problème. Nous en sommes encore à
chercher la façon la meilleure de capter et de retenir l’attention de chaque
Rotarien, individuellement. Le moment serait propice, les informations sont
disponibles, et la plupart des membres ressentent le désir d’en tirer parti.
Et pourtant, nous en sommes encore à devoir persuader l’individu que ses
efforts, même les plus minimes, n’en font pas moins pencher la balance. »
Que
peut faire le Rotarien ?
Qu’a-t-il déjà fait ? Quelles occasions particulières rencontre-t-il
parce qu’il est Rotarien ? A-t-il déjà profité de ces occasions ?
La lecture de l’histoire de certains Rotariens et, mieux encore, la mesure de
son propre effort au long de son « sentier personnel vers la paix »,
montreront à chacun, Rotarien ou non-Rotarien, que ce ne sont là que
quelques-uns des grands problèmes qui le sollicitent.
Il
faut, en premier lieu, souligner que le fait
d’être Rotarien fournit des
avantages et des occasions dont peu de personnes bénéficient. Ouvrant son
annuaire officiel, dans lequel sont inscrits plus de 10.000 clubs situés dans
cent et quelques pays, le Rotarien peut poser son doigt sur n’importe quelle
page au hasard et dire « Ici, j’ai un ami ». Il peut écrire au président
ou au secrétaire du club ainsi trouvé et il est certain de recevoir une réponse
personnelle. S’il rend visite à ce club, un jour de réunion, il y sera
accueilli en ami. Il peut être invité
au foyer ou au bureau de tout Rotarien. La sincérité et la correction dont
sont empreintes les relations entre Rotariens sont significatives.
Les
Rotariens voyagent beaucoup. En ce temps où quelques heures suffisent pour
atteindre n’importe quel point du globe, les voyages sont devenus faciles et
attrayants. Chaque année, en nombre croissant, et par milliers, les Rotariens
vont à l’étranger. Compenser une absence en assistant aux réunions des
autres clubs n’est pas seulement une nécessité, mais un privilège
qu’aucun Rotarien ne voudrait négliger.
Que
l’on imagine la somme d’expérience acquise par un tel voyageur ! Avant
son départ, ses camarades le pressent de rendre visite au plus grand nombre
possible de clubs répartis au long de son itinéraire. Il peut se munir de
cette sorte de passeport que constitue le passeport de l’amitié qu’il
obtiendra du Rotary International, mémento des lieux et jours de réunion des
clubs qu’il pourra visiter. Avec l’accord des membres du comité de son
club, il sera autorisé à solliciter la collaboration de ces clubs pour
l’action internationale.
Ce
n’est pas en inconnu ou en « étranger » qu’il assistera à la réunion
d’un club d’un autre pays, mais en tant que camarade rotarien. Sa
conversation avec ses voisins de table au déjeuner, ses opinions qui seront
peut-être sollicitées, et le message de bonne volonté qu’il apportera de
son propre club laisseront des traces. On se souviendra de lui et plus particulièrement
s’il visite un club dans un pays plus petit ou très éloigné. Et ce n’est
pas tout. Peut-être sera-t-il invité au foyer ou au lieu de travail d’un des
membres, peut-être une interview sera-t-elle publiée dans un journal local ou
radiodiffusée. Peut-être encore sera-t-il conduit à l’école pour y parler
de son pays.
De
nombreux Rotary clubs, en raison de leur situation à proximité de frontières,
peuvent parrainer périodiquement des réunions de bon voisinage avec d’autres
Rotariens. La mauvaise volonté entre nations est souvent causée par des
incidents de frontière. Les Rotariens placés aux postes frontières — et ils
sont nombreux — ont le devoir de faire en sorte, dans la mesure de leurs
moyens, que les incidents qui peuvent surgir ne soient pas de nature à faire
obstacle à la bonne volonté internationale.
Ceci
est possible et se pratique d’ailleurs constamment. Ici, sous les auspices du
Rotary, un parc établi sous le signe de la paix internationale enjambe la
frontière ; là, tous les ans, une grande réunion voit affluer des
centaines de Rotariens du pays voisin. Sous l’égide du Rotary les enfants des
écoles se rendent mutuellement visite de pays à pays. Des avions sont loués
pour emmener à l’étranger tous les membres d’un club pour une réunion
inter-villes. La célèbre statue du Christ, dédiée par les Rotariens
d’Argentine et du Chili à une paix durable, s’élève au plus haut des
Andes. Toutes sortes d’échanges sont encouragés par les comités inter-pays
qui entretiennent en Europe une activité constante. Des Indes nous viennent ces
notes d’une mission rotarienne au Pakistan :
Près
de 200 Rotariens appartenant à toutes les agglomérations et villes importantes
et qui représentaient la noblesse du Rajastan, la sagacité du Sarastra, le
commerce et l’industrie du Gujarat et les vieux souvenirs de l’Inde centrale,
s’acheminèrent vers Karachi, envoyés par le Rotary comme des ambassadeurs de
la paix et de la bonne volonté.
Si
les manifestations de cette sorte pouvaient se multiplier, si chaque Rotarien
entreprenant un voyage voulait se charger d’une mission rotarienne pour son
club, alors la compréhension et la bonne volonté marqueraient de grands progrès.
« Rencontre ton voisin, parle-lui et la paix régnera. »
Un
Rotarien des Indes commente ainsi ce vieux proverbe sanscrit : « Ces
mots simples cachent une profonde et riche signification. Je pense que, non
seulement ils définissent et donnent un objectif au Rotary, mais aussi que le
Rotary est l’organisation la mieux équipée au monde pour atteindre ce but
fondamental de la civilisation. »
Tous
les Rotariens ne peuvent voyager à l’étranger, mais la plupart d’entre eux
peuvent recevoir ceux qui voyagent et, plus facilement encore, ils peuvent se
servir de la poste pour des échanges épistolaires fructueux et stimulants. Les
relations personnelles créées par la correspondance internationale, comme
d’ailleurs tous les moyens pratiqués par le Rotary, ne constituent pas — si
agréables soient-elles — une fin en elles-mêmes. Elles ne sont, comme tous
les procédés pratiqués par le Rotary, qu’un moyen de « créer des
occasions de servir ». dans un cas déterminé le but de cette
correspondance pourra être d’obtenir des informations. Dans un autre cas elle
contribuera à une meilleure compréhension d’un problème particulièrement pénible.
Et encore, elle se traduira par des échanges de revues ou de livres entre
bibliothèques locales. Ayant entendu parler de l’initiative particulière
d’un club en vue de l’amélioration du bien-être de la localité, cet échange
de lettres donnera à un Rotarien l’occasion d’offrir son aide. Les
possibilités sont aussi infiniment variées que les besoins de l’humanité.
Où
commencer ? Voilà la question ! Un Rotarien norvégien résolut le
problème en se livrant à une sorte de tour du monde, adressant une série de
lettres à chacun des clubs qu’il aurait aimé visiter. Quel accueil il reçut
le long du parcours ! Il peut y avoir une raison particulière,
professionnelle ou autre, qui conduise le Rotarien à choisir un pays
particulier pour point de départ d’une enquête. Celle-ci peut être fournie,
par exemple, par l’hostilité envers un pays particulier manifestée au cours
d’une conversation quelconque avec un voisin ou dans l’éditorial d’un
journaliste ou les propos d’un commentateur de la radio. Pourquoi ne pas écrire
dans ce cas aux Rotariens de ce pays pour demander avec tact des éclaircissements ?
Dans
une telle occasion, il convient de considérer la déclaration suivante de la
politique du Rotary International avec beaucoup d’attention :
Le
Conseil Central du Rotary International partage avec tous les Rotariens, d’où
qu’ils soient, les sentiments de profonde affliction causés par les
situations de trouble et de tension qui existent en de nombreuses contrées du
monde ; la grande satisfaction que fournissent les services rendus par les
Rotary clubs, la reconnaissance évidente de la nécessité actuelle de compréhension
et de bonne volonté parmi tous les peuples du monde.
Le
Conseil Central a recherché activement, et continue à rechercher, tous les
moyens, dans les limites de la manière de procéder établie, d’atteindre
dans le monde entier les objectifs du Rotary International.
Le
Conseil Central a examiné les déclarations et activités de quelques clubs
qui, quoique bien intentionnés, ont dans quelques occasions provoqué de
l’incompréhension, de la mauvaise volonté et de la controverse.
Le
Conseil Central presse tous les clubs et tous les Rotariens d’intensifier
leurs efforts pour encourager et soutenir le développement de la compréhension
et de la bonne volonté parmi tous les peuples du monde, en observant
constamment la politique établie du Rotary International et en évitant
scrupuleusement tout acte, parole, correspondance ou publication, à créer la
mauvaise volonté et à freiner les efforts entrepris pour l’établissement et
le maintien de la paix.
Dans
le monde entier, de nombreux Rotariens retirent une rare satisfaction de cette
correspondance étendue. Un Brésilien a défendu la cause de la compréhension
internationale en écrivant personnellement 6000 lettres. A Hawaii, un Rotary
club utilise la correspondance de ses membres comme base des discussions de sa
commission d’action internationale. Un Rotarien du Texas donne l’exemple de
l’envoi de 12.000 lettres en vue de développer les échanges de
correspondance entre les jeunes gens de différents pays. Un Rotarien canadien
qui entretient un échange actif de correspondance avec 38 amis rotariens à
l’étranger s’exclame : « Pourquoi davantage de Rotariens ne
se décident-ils pas à écrire ? Il ne s’agit pas d’une besogne pénible,
mais bien au contraire, je peux vous l’assurer, très agréable. Je bous
d’impatience dans l’attente de la lettre à venir d’un membre d’un club
étranger dont je n’aurais jamais entendu parler auparavant. »
Dans
plus de 60 pays, plus de 1500 Rotary clubs ont montré leur intérêt en
souscrivant à la publication intitulée « Cibles du jour », publiée
annuellement et mise à jour au moins une fois par an à l’aide d’un supplément.
Si vous initiez une correspondance, vous pouvez désirer choisir un de ces
clubs.
Un
des fruits de la correspondance peut être fourni par un échange de manuscrits,
d’enregistrements, de films ou de clichés. Cette pratique constitue un
programme favori dans des centaines de clubs. Le membre le mieux qualifié de
chaque club est retenu pour l’établissement du programme d’échange et des
allusions directes sont souvent faites à des personnalités du club
correspondant pour souligner un sentiment de camaraderie. Quand le programme de
l’autre club est donné à une réunion régulière, il est présenté avec le
souci particulier de faire ressortir qu’il s’agit d’une manifestation
caractéristique du Rotary en action. Si ce programme d’échange comporte un
manuscrit, un lecteur prend la place de l’orateur original et est présenté
comme tel à l’aide d’une brève biographie. Le drapeau de l’autre pays
est déployé, on joue son hymne national et un toast est porté à ce pays. Les
résidents locaux du pays en question sont les invités d’honneur à la réunion
et les comptes rendus de la presse son adressés au club d’origine.
La
magie de l’électronique permet de reproduire à l’usage des Rotariens
d’autres pays les propos des orateurs et les réactions des auditeurs. Des
films ou des clichés peuvent donner une impression vivante des personnalités
rotariennes et de l’atmosphère de l’autre pays. Des centaines de clubs ont
combiné les clichés et les enregistrements pour rendre les programmes plus
vivants et plus attrayants.
L’obstacle
que constitue la différence du langage ne doit pas être ignoré, mais il peut
être surmonté. Dans de nombreux cas, la langue sera comprise par quelqu’un
du club qui pourra traduire la correspondance ou le manuscrit du programme d’échange
au bénéfice des autres membres. Au début de la correspondance, la question de
la langue doit être réglée de façon que chacun des correspondants se sente
libre d’utiliser sa propre langue.
Les
fruits des relations personnelles entre les Rotariens des différents pays
peuvent sembler bien petits en comparaison de l’immensité des difficultés
qui accablent le monde, plus grand donc est le besoin de multiplier et
d’intensifier ces contacts. Le Rotarien ne se contentera pas d’une lettre ou
d’un échange de programme. Il prendra l’initiative d’un grand nombre. Il
utilisera les merveilles de la science pour exploiter son originalité. En
tendant les mains dans de nombreuses directions, en poursuivant les relations établies,
il peut exercer une influence qui se répandra sur toute la terre.
En
s’écartant des activités personnelles des Rotariens entre eux, que
peuvent-ils faire pour atteindre les non-Rotariens ? Doivent-ils essayer ?
La
réponse est oui ! Un Rotarien est l’unique représentant d’un commerce
ou d’une profession dan son club. L’obligation qui est sienne d’encourager
la mise en pratique de l’idéal de servir du Rotary au sein des confrères de
son activité commerciale ou de sa profession, comme au reste de ses concitoyens,
constitue une obligation primordiale. Il trouvera « son sentier personnel
vers la paix », mais bien davantage sera réalisé s’il peut convaincre
les autres de l’accompagner sur ce sentier.
Une
part significative de la répercussion du Rotary est l’extension de son
influence au-delà même du Rotary club. Il est évident que l’objectif du
Rotary ne peut guère être atteint si son influence est limitée au nombre
relativement restreint des Rotariens. « Dans le développement de la
compréhension internationale et de la bonne volonté », écrivait Paul
Harris, « il faut se rappeler qu’il est important d’atteindre le plus
grand nombre de Rotariens aussi bien que de non-Rotariens et qu’il n’est pas
possible d’attendre ce grand nombre dans un cercle fermé. »
En
conséquence, les Rotariens sont appelés à ouvrir une fenêtre sur le monde
pour les gens de leur localité. A vrai dire, voici une réponse à ceux qui
mettent en question les effets pratiques du service international : la
compréhension internationale ne sera pas créée dans la stratosphère des
politiciens du monde, mais dans les esprits des voisins, parmi les associés
professionnels et par l’intermédiaire des canaux locaux de communication et
d’éducation. L’opinion publique est la somme des opinions individuelles ;
elle est la force la plus puissante. Les nations ne sont fortes qu’autant que
la somme des opinions des individus qui la composent peut être mobilisée comme
support de leurs politiques.
Les
législateurs et les gouvernants sont d’accord pour admettre qu’une seule
lettre portant les marques de la sincérité et d’inspiration individuelle a
plus de poids vis-à-vis d’eux que des rames de pétitions stéréotypées.
Une remarque toute franche dans une conversation accidentelle peut avoir de
profondes répercussions.
Au
Sénat des Etats-Unis siégea pendant de longues années un Rotarien, le défunt
sénateur Charles Andrews, de Floride, qui fit campagne pour la compréhension
internationale. Il aimait dire à ses amis qu’il se rappelait sa formation
rotarienne chaque fois que des relations internationales étaient discutées.
Sollicité de dire comment il avait acquis cette formation, il aurait répondu
qu’elle aurait pu venir de discussions sur l’action internationale, mais
qu’en réalité elle était principalement tirée des conversations tenues
autour de la table de réunion du club où il avait appris à connaître les
sentiments individuels de ses camarades du club. Et ceux-ci ne devinaient guère
l’influence de leurs propos sur la formation d’un homme d’Etat.
Les
programmes des réunions hebdomadaires sont des occasions excellentes pour faire
part de nos vues aux non-Rotariens. Vu l’envergure et le programme du Rotary,
aucun club ne peut s’excuser d’avoir des programmes hebdomadaires « comme
n’importe quel autre club ». des programmes sur le thème de l’action
internationale peuvent être prévus selon les besoins de la ville. Ces besoins
varient, bien entendu, de ville en ville. Une attention soutenue dans une
certaine ville peut révéler des préjugés profondément enracinés contre les
étrangers. Maint Rotary club a tiré une grande satisfaction d’un programme
qui attire l’attention sur la dette que chaque nation doit à la culture, à
l’art et à la science des autres nations. Pour faire progresser le genre
humain, toutes les nations sont solidaires les unes des autres. Il en est de même
pour les affaires du monde concernant les matières premières, les produits
manufacturés ou les marchés. Les gens ont-ils conscience de l’importance de
cette interdépendance ? L’ouvrier qui prend son petit déjeuner et se
rend à son travail sait-il que ni ses gestes, ni beaucoup d’autres, ne
seraient possibles sans la contribution matérielle de pays autres que le sien ?
L’intérêt
que toute communauté porte à cette interdépendance peut être stimulé par
une exposition qui déploie les meilleures contributions des autres pays.
Souvent ces contributions sont déjà effectives et cependant insoupçonnées
par la majeure partie e la masse. Les habitants d’une agglomération de la
prairie canadienne furent émerveillés lorsque le Rotary club organisa une fête
populaire — beaucoup de nations y étaient représentées et une abondance de
talents fut déployée : costumes traditionnels, danses et chants
folkloriques, souvenirs de toutes sortes avaient été apporté d’autres pays.
Tout contribuait à transformer une communauté plutôt terne en une véritable
caverne d’Ali-Baba, riche de culture cosmopolite.
D’autres
nécessités peuvent avoir trait à des problèmes particuliers, ceux que posent,
par exemple, les attitudes à adopter envers l’écrasante question de la
guerre et de la paix : attitude pleine d’espoir, attitude constructive, décidée
à rechercher des solutions positives, ou bien attitude vindicative, peureuse et
impatiente, parfaitement mûre pour l’hystérie collective qui conduit les
nations aux convulsions du désespoir ?
Que
peut faire le Rotary club pour calmer les craintes, encourager l’acquisition
de renseignements et créer un climat où la liberté et la justice sont assurées ?
Peut-être rien. Mais des clubs ont fait de telles actions et continuent à les
faire chaque jour. De tels projets vont au-delà du seul fait « d’avoir
un programme s’y rapportant ». Un programme hebdomadaire ne peut traiter
que brièvement et superficiellement de ce sujet. Ici, avoir un programme
signifie une campagne soutenue et organisée dans laquelle le programme
hebdomadaire est simplement un des outils.
Heureusement
le Rotary n’est pas sans alliés dans ces tâches. Dans chaque ville, il y a
des individus, des groupements qui ont des buts similaires avec des sphères
particulières d’influence, et leur coopération peut être recherchée. Les
projets du Rotary ayant trait à l’action internationale peuvent être
conduits en respectant la politique de coopération avec une action existante,
cas échéant, plutôt que d’en créer une nouvelle se superposant à la précédente.
Des
exemples de l’application de ce principe dans l’action internationale
abondent. Le plus spectaculaire fut peut-être celui qu’innovèrent les
Rotariens de Londres en 1942 en organisant une conférence de 21 gouvernements
pour discuter des échanges culturels après la guerre. Cette conférence devint
en fin de compte l’Organisation des nations Unies pour la science et la
culture, plus connue sous le nom d’ «UNESCO », organisme indépendant
ayant pour but la recherche de la compréhension internationale.
Dans
des circonstances quelque peu analogues, le président du Rotary International
fut invité à désigner onze Rotariens américains pour conseiller la délégation
des Etats-Unis à la Conférence de San Francisco om fut négociée la charte
des Nations Unies.
Quoique
le Rotary International soit reconnu comme consultant par les Nations Unies et
l’UNESCO, cet état de fait n’identifie en aucune façon le Rotary avec ces
organisations. Cette situation fut clairement exposée par le Conseil Central du
Rotary International en janvier 1952 dans le document suivant :
Le
Rotary International ne veut ni donner, ni refuser son adhésion aux clauses de
la charte des Nations Unies, non plus qu’aux mesures ou dispositions prises
par les Nations Unies ; mais il invite vivement les Rotariens à se tenir
au courant des activités des nations Unies en faveur de la paix mondiale.
Le
secrétaire général est prié d’attirer l’attention des Rotary clubs sur
les informations, plans de programmes et autres ressources ayant trait à l’étude
de la charte et aux activités des nations Unies en faveur de la paix mondiale.
On
assurera une publicité constante aux rapports des observateurs du Rotary
International qui assistent aux réunions des
Nations Unies et de ses organismes spécialisés.
Les
Rotariens désireux de faire une proposition concernant les Nations Unies ou
l’un quelconque de ses organismes spécialisés devront passer par
l’entremise des voies diplomatiques régulières de leurs pays respectifs.
Bien
des Rotariens dans le monde entier participent activement aux travaux des
associations locales des Nations Unies. Bien des chapitres locaux furent fondés
à la suite de l’initiative de Rotariens.
Un
exemple, parmi tant d’autres, d’entreprise initialement patronnée par les
Rotary clubs et qui se développa par la suite avec l’appui du public est
celui des Instituts de Compréhension internationale. Pendant treize ans, on a réuni
annuellement un auditoire de plus d’un million de non-Rotariens pour entendre
des orateurs (beaucoup d’entre eux venant de divers pays) discuter des
problèmes internationaux et répondre aux questions. Ils rencontrèrent aussi
les autorités scolaires locales. Durant ces réunions, des centaines de Rotary
clubs purent toucher nombre de gens et bien des localités organisèrent ensuite
des « instituts » de leur propre chef.
La
manière dont un Rotary club peut coopérer avec d’autres organismes locaux
pour pourvoir à un besoin dont, jusqu’alors, aucun ne s’était soucié, a
été illustrée par un moyen entièrement nouveau dans plusieurs villes. Les
adultes de la ville dans laquelle on commença à l’appliquer en 1957 étaient
organisés en délégations représentant un grand nombre de nations différentes
dans une conférence où chacun se mettait « dans la peau des autres ».
Cette technique, dont il a été fait mention précédemment, offre la promesse
d’être une méthode efficace et attrayante pour intéresser un grand nombre
de gens à l’action internationale. Voici l’impact
dans sa meilleure forme.
Pendant
un mois entier les « délégués » débattent les problèmes
mondiaux les plus importants et l’intérêt soutenu de centaines de
participants, se mettant d’eux-mêmes à la place d’une nation autre que la
leur, est stupéfiant. L’intérêt se répand au-delà du comité et des séances
plénières en des conversations particulières où chacun cherche à gagner des
appuis pour des motions. C’est là de l’éducation personnelle active remplaçant
l’endoctrinement passif au moyen de groupes d’influence. Mais ce qui est
plus significatif, c’est peut-être la connaissance personnelle qui se développe
parmi des gens représentant des points de vues largement différents.
Cette
expérience fournit-elle un modèle que les Rotary clubs répartis dans le monde
doivent adapter à leur intention ? En réalité, tout ce dont on a besoin,
c’est l’élan initial.
En
ce qui concerne les « chefs » de demain, les moyens dont disposent
les Rotary clubs avec leurs membres dans le monde entier pour contribuer à l’éducation
de la génération montante, sont illimités. Le parrainage de relations
internationales par le club est une pratique courante. Des « amitiés épistolaires »
arrangées pour la jeunesse par l’intermédiaire des Rotary clubs s’étendent
à l’étranger. Les clubs japonais se sont vivement intéressés à un échange
de dessins d’enfants des écoles. Des concours internationaux de dissertation
pour promouvoir une meilleure compréhension sont souvent des projets entrepris
en commun par les Rotary clubs de différents pays.
Sans
influencer en aucune manière la vie scolaire, on doit demander aux maîtres et
aux administrateurs de rapporter suivant quelle manière les enfants ont été
instruits sur leur monde. Leur a-t-on enseigné l’histoire universelle, ou
l’histoire régionale, ce dernier cas étant illustré par l’expérience
relatée par un ancien ambassadeur américain en Inde ? Son fils, frais émoulu
des écoles d’Asie, était sur le point d’entrer dans une école américaine.
« Je
parie, dit l’ambassadeur, que l’histoire du monde que vous étudierez
commence en Egypte, traverse la Mésopotamie, se déplace jusqu’à la Grèce
sans oublier la Crète, traite de Rome et finit en France et en Angleterre. »
« Mais
ce n’est pas l’histoire du monde »,
répartit son fils, « ceci laisse de côté les trois quarts du monde. »
« Malheureusement »,
ajoute le père, « je gagnai mon pari. »
Les
échanges de jeunesse ont ouvert la voie à l’occasion la plus importante qui
se soit jamais offerte aux Rotary clubs. Dans ce domaine, le Rotary a été un
pionnier avec d’innombrables parrainages de différents types d’échanges
organisés par les clubs ou les districts et avec la création, en 1947, des
Bourses de la Fondation Rotary.
La
promesse comprise dans le programme de la Fondation Rotary plut aux Rotariens du
monde entier. Plus de 1200 étudiants diplômés ont étudié dans des pays
autres que le leur grâce au parrainage du Rotary. Les anecdotes tirées de
leurs rapports et les commentaires d’autres personnes pourraient remplir des
volumes. Chaque année, ils s’adressent à des auditoires dépassant plus
d’un demi-million de personnes. Davantage encore sont atteints par la radio et
les articles que ces jeunes gens écrivent dans de nombreuses publications. La révélation
de leur caractère et de leur compétence réfléchis par leurs activités
n’est pas moins significative. Ils seront sans conteste les chefs de demain.
Un
trait rend le programme de la Fondation Rotary unique : c’est le degré
d’intérêt personnel, l’amitié et les conseils que fournissent les
Rotariens qui reçoivent les étudiants dans leurs communautés universitaires,
qui les invitent chez eux et leur font connaître les habitudes de travail de la
localité. Tous les Rotariens n’ont pas profité de cette chance unique
d’aider à former de futurs chefs, mais la plupart d’entre eux le font
cependant.
Les
Rotariens tireront un meilleur dividende de leurs investissements dans la
Fondation Rotary s’ils profitent de l’occasion pour utiliser les capacités
influentes de ces ambassadeurs de bonne volonté en puissance. De nombreux
boursiers ont exprimé leur sentiment à ce sujet, mais jamais avec autant de
charme qu’une jeune femme qui s’adressait à l’un des clubs d’Australie.
A
San Francisco, il a été dit en plaisantant que, lorsqu’on construisit le
pont du Golden Gate, on lia d’abord un fil à la patte d’un pigeon. Le
pigeon traversa à tire d’ailes la baie et quand il eut atteint l’autre côté
une lourde corde fut attachée au fil et tirée à travers la baie. Après la
corde, on tira un petit câble, puis un câble plus lourd, jusqu’à ce que
finalement le câble qui soutient le pont du Golden Gate passât d’un bord à
l’autre de la baie.
J’aime
à penser que les Bourses de la Fondation Rotary sont un peu semblables. Elles
sont le fil qui marquera l’accroissement des échanges entre étudiants de
tous les pays qui désirent une meilleure compréhension entre eux. Actuellement,
ce n’est qu’un fil, mais chaque année il grossit un peu plus. L’année
prochaine, peut-être, sera-ce une cordelette et finalement un gros câble
joignant les bords du fossé entre les nations et nous unissant tous dans une
paix mondiale.
Je
suis fière et reconnaissante du privilège de faire partie de ce grand
mouvement conduisant à la compréhension internationale.
Les
Rotary clubs n’ont pas seulement contribué avec générosité à la Fondation
Rotary, mais ils ont utilisé leurs propres ressources et leur ingéniosité à
mettre sur pied et organiser leurs propres échanges de jeunes. Tandis que la
Fondation Rotary a parrainé l’échange d’étudiants diplômés, la majeure
partie des clubs et districts s’intéressent aux élèves des lycées ou à
ceux ayant passé leur baccalauréat. Chaque année, les études et les voyages
de plus de 10.000 jeunes gens et jeunes filles sont parrainés par les clubs et
les districts.
Un
projet de ce genre a été en évolution constante depuis 1944 et ses créateurs
le commentent ainsi : « Notre seul regret est que nous n’ayons
pas commencé il y a 25 ans ». Un autre district a amené en Amérique
quelque 300 étudiants venant d’une vingtaine de pays différents, et cette
activité implique des parrainages communs entre le district et les clubs. Un
des principaux avantages de ce programme est l’intérêt intense que ces clubs
portent à leurs « propres étudiants ».
De
plus en plus, les clubs découvrent que le parrainage des visites de la jeunesse
d’autres pays est bien de leur ressort. Ces projets posent le problème de
m’action individuelle avant le problème financier. La jeunesse est logée
chez des Rotariens. L’école locale, dans beaucoup de cas, est heureuse de
fournir l’enseignement gratuit en raison de l’influence cosmopolite en jeu,
et l’offre d’une telle occasion permet aux Rotary clubs d’autres pays de désigner
des jeunes gens d’élite choisis parmi de nombreux candidats en mesure de
payer leurs propres frais de voyage. De ce fait, de tels projets ne coûtent au
club parrain que les charges fortuites. Un club fit venir, dans sa
circonscription, onze étudiants pendant un an, originaires de neuf pays différents.
En
Europe, les échanges de jeunesse constituent une coutume bien établie. Les
gouverneurs de districts désignent des commissions pour mettre sur pied des
accords. Fort souvent, l’échange n’implique que le coût du voyage. L’expérience
de la vie familiale, en un autre pays, l’occasion d’apprendre une autre
langue et le resserrement de la camaraderie rotarienne au-delà des frontières
nationales ne forment qu’une petite part des bénéfices. Les voyages et les
camps d’été se sont multipliés en Europe. Un exemple qui traduit combien
ils sont appréciés est l’histoire d’un jeune Autrichien qui enfourcha sa
bicyclette jusqu’en Hollande pour rejoindre une croisière internationale à
bord d’un vaisseau hollandais.
Dans
ces camps de vacances d’été, les contacts individuels sont efficaces. Comme
l’écrivait un jeune Allemand en parlant de son expérience :
Ce
camp a fait davantage pour la compréhension internationale qu’un grand nombre
de politiciens ne pourraient le faire en une année. S’il y a une possibilité
de former une Europe unie, elle ne le sera peut-être que lorsque toutes les
nations seront capables de surmonter leurs préjugés. Je suis sûr que ce camp
du Rotary club eut réellement du succès en ce qu’il permit de surmonter ces
préjugés et ce que j’avance n’est pas du tout une exagération de ma part.
Tout
compte fait, ce contact individuel est ce qui importe dans ces camps
internationaux d’étudiants. Des bandes de jeunes gens font en vain la navette
à travers les sept mers si aucun effort n’est entrepris pour les préparer à
l’action internationale.
Si
les Bourses de la Fondation Rotary ou les autres visites parrainées par le
Rotary fournissent un foyer naturel à cet effort, il reste un champ d’action
plus caste dans les milieux d’étudiants qui se rendent chaque année à l’étranger
avec d’autres projets et grâce à leurs propres ressources, souvent fort
maigres. La plupart d’entre eux voient rarement l’ensemble du pays qu’ils
visitent et n’ont que peu de contacts avec sa population. Parmi les milliers
de tels visiteurs qui se rendent annuellement aux Etat-Unis, on estime que 80%
d’entre eux n’entrent jamais dans un intérieur américain. La situation
n’est certainement pas différente dans les autres pays.
L’importance
de l’édification d’amités dans cette voie devient évidente quand on se
rappelle combien de leaders nationalistes, combien de Nehrus, combien de
Nkrumahs et combien d’autres ont vécu un certain temps à l’étranger.
S’ils ont connu l’isolement, la solitude et la discrimination, le monde peut
souffrir de leurs blessures. Un homme d’Etat mexicain qui contribua grandement
à la compréhension internationale rappelle les années de solitude passées
dans un dortoir de New York. Seule la gentillesse de quelques voisins le
secourut et lui évita de sombrer dans l’amertume qui aurait faussé toute sa
carrière.
Le
Rotarien qui introduit un étudiant visiteur dans la vie normale de son foyer,
dans son entourage et lui montre comment les affaires sont traitées, partage
avec lui les simples plaisir de la vie quotidienne, ce Rotarien ne se fait pas
seulement un ami, il rend peut-être à son pays et au monde un grand service.
Les discussions touchant des problèmes mondiaux qu’il a avec son visiteur
peuvent porter des fruits au cours de la carrière d’un chef de la cause de la
paix.
Mais
le meilleure occasion se présente naturellement aux Rotary clubs situés au
voisinage des universités. Ils ont sans cesse l’occasion d’organiser des
rencontres avec des étudiants étrangers. Les Rotariens font sagement face à
ces possibilités. Des étudiants sont reçus par centaines durant les vacances ;
les églises, les écoles leur demandent de retracer, par des chants et des récits,
l’histoire de leur pays ; les particuliers sont généreux dans leurs
contributions, tant financières que spirituelles. Admettre tout ceci, non sans
fierté, ne minimise cependant pas la nécessité de faire davantage !
Faire
davantage dans toutes
les activités devient un défi personnel pour le Rotarien qui lit la revue
officielle et les autres publications du Rotary. Dans une organisation de la
portée et de l’ampleur du Rotary, l’information est fondamentale. Savoir ce
que fait autrui, comprendre comment il le fait — ceci devient une mission et
une inspiration, car, si une idée devenait réalité à Hyderabad, elle
pourrait plaire à Huntsville.
Le
développement du Rotary et son succès ne sont, après tout, que le résultat
de la fermentation de l’esprit de service et chaque succès clame bravement
« Vous pouvez aussi faire ceci — et mieux encore. » Dans le
domaine des communications et de l’inspiration, la revue officielle du Rotary
— « The Rotarian » en
anglais, et « Revista Rotaria »
en espagnol, donne l’impulsion principale. Vingt-deux revues régionales réalisent
aussi les liaisons dans leurs sphères limitées.
Les
publications du Rotary présentent les faits et reflètent les idées qui
n’intéressent pas les Rotariens seulement. Des centaines d’exemplaires de
brochures, de revues et de livres rotariens sont partagées avec des non-Rotariens
du monde entier. Lorsque ces publications prennent le chemin de quelque 500.000
intérieurs rotariens, elles ne font que commencer leur voyage.
La
revue « The Rotarian », par exemple, entre dans un grand nombre d’écoles,
de bibliothèques, d’hôpitaux, de salles de lecture, et dans des centaines
d’autres lieux où ces rapports précis, faciles à lire et constructifs sont
hautement appréciés. Ses articles constituent une base excellente pour des
programmes de clubs, pour les programmes sociaux et d’études de clubs féminins
et pour des colloques de jeunes. La revue fournit des références pour des
rapports d’éducation dans des écoles et des universités. Des programmes de
radio et de télévision s’appuient sur ses articles.
En
plus de ces usages, ses deux éditions servent parfois de livre, ou de supplément
au livre de classe de centaines d’étudiants qui apprennent une langue
nouvelle. Son influence est rehaussée par le fait qu »elle est la seule
revue de ce genre mentionnée par le « Reader’s Guide to Periodical
Literature », et elle s’affirme encore par la réimpression de milliers
d’articles que réclament aussi bien les Rotariens que les non-Rotariens.
Ce
qui précède traite de quelques images réfléchies dans le miroir, ce sont
quelques-uns des services qui enrichissent la vie des Rotariens. Personne,
aucune publication ne pourrait les traiter tous, personne ne pourrait citer tous
les exemples. La nature du Rotary même et celle des Rotariens qui ont construit
cette organisation font que l’assemblage des anecdotes concernant l’idéal
de servir est très difficile. Le service des Rotariens reste dans l’ombre. Et
c’est ainsi qu’il doit être.
L’action
internationale du Rotary n’est pas une sonnerie de trompettes : il ne
proclame aucune déclaration, il ne recherche aucun titre. Ce livre a donc
sommairement développé et illustré quelques-uns des principes auxquels
croient les Rotariens et selon lesquels ils conforment leur comportement en tant
que citoyens. Le résultat de plus d’un demi-siècle d’une expérience réussie
fait que ces principes peuvent mériter d’être pris en considération par des
personnes qui ne font pas partie de Rotary clubs. Le Rotary ne se réclame ni de
leur possession exclusive, ni de leur création originale.
Le
« chemin international » embellit l’entrée de l’immeuble du
Bureau Central du Rotary International. Des carrières de marbre qui
produisirent la pierre du Parthénon, du pavement de l’Abbaye de Westminster
et des précipices de près de 3500 mètres d’altitude des Andes péruviennes,
de la plupart des pays où le Rotary est au travail en sont venues les dalles
carrées qui forment une mosaïque haute en couleur, le rouge venant de
l’Australie, le jaune de la France, le gris foncé de Singapour, le rose
cerise du Japon, le bleu vif de Suède. Pour résister aux rigueurs du climat,
seules les pierres les plus durables ont été choisies, chacune sertie dans une
plaque métallique portant la date de l’établissement du Rotary dans ce pays
ainsi que le nom du premier club.
Réunies
dans un service commun, ces pierres sont silencieuses, mais elles sont le témoignage
durable des méthodes et des buts du Rotary. Elles symbolisent le service et
l’amitié à travers le monde. Elles symbolisent l’action car, que le chemin
soit large ou étroit, il est inutile à moins que des gens ne veuillent le
parcourir.
Le
texte intégral des Grandes lignes de la
politique
du R.I. dans
le
cadre de l’action
internationale
figure
aux
pages suivantes…
Politique
du Rotary International dans le cadre de l’Action internationale
Objet :
L’objet de
l’action internationale du Rotary se trouve exprimé au quatrième point du
but du Rotary ainsi qu’il suit :
Encourager et cultiver la
compréhension mutuelle internationale, la bonne volonté et l’amour de la
paix, en créant et en entretenant à travers le monde des relations cordiales
entre les représentants des diverses professions, unis dans l’idéal de
servir.
L’idéal de servir qui est celui du Rotary ne trouve son expression que là
où existent la liberté individuelle, la liberté de pensée, d’expression,
de réunion et de religion, le droit d’être à l’abri de la persécution,
de l’agression, du besoin et de la crainte.
La liberté, la justice, la vérité, le respect de la parole donnée et le
respect des droits de l’homme sont inhérents aux principes du Rotary et sont
également essentiels au maintien de la paix internationale et de l’ordre, et
au progrès de l’humanité.
Responsabilité
individuelle du Rotarien :
On attend de chaque Rotarien qu’il apporte sa contribution individuelle à
la réalisation de l’idéal inhérent au quatrième domaine d’activité du
Rotary.
On attend aussi de chaque Rotarien qu’il soit u citoyen loyal de sa patrie
et qu’il la serve, dans sa vie quotidienne et privée comme dans l’exercice
de ses activités commerciales et professionnelles.
Tout Rotarien, quel que soit l’endroit où il habite, devrait chercher,
par un effort personnel, à créer une opinion publique bien informée. Une
telle opinion influera forcément sur la politique des divers Etats pour développer
la compréhension mutuelle internationale et la bonne volonté envers tous les
peuples.
Le
Rotarien d’esprit vraiment international devra remplir les conditions
suivantes :
a)
Il saura voir au-delà
des limites du patriotisme national, et reconnaîtra qu’il a sa part de
responsabilité pour faire progresser la compréhension mutuelle, la bonne
volonté et la paix internationales.
b)
Il s’opposera à
toute conduite qui tendrait à se fonder sur une supériorité nationale ou
raciale.
c)
Il recherchera et
cultivera des terrains d’entente qui permettent de se mettre d’accord avec
les habitants d’autres pays.
d)
Il défendra
l’autorité de l’ordre public pour sauvegarder la liberté individuelle, la
jouissance pour chacun de la liberté de pensée, d’expression et de réunion,
le droit d’être à l’abri de la persécution, de l’agression, du besoin
et de la crainte.
e)
Il donnera son appui
aux mesures qui visent à améliorer le niveau de vie pour tous les hommes, car
il saura comprendre que la pauvreté, où qu’elle soit, porte atteinte à la
prospérité générale.
f)
Il soutiendra les
principes de justice envers l’humanité, reconnaissant que ces principes sont
essentiels et doivent être appliqués dans le monde entier.
g)
Il s’efforcera
d’encourager toujours la paix entre les nations et sera prêt à consentir des
sacrifices personnels pour défendre cet idéal.
h)
Il recommandera à
tous et mettra lui-même en pratique un esprit de compréhension à l’égard
des croyances d’autrui pour accéder à la bonne entente internationale, tout
en reconnaissant qu’il existe certaines normes morales et spirituelles qui
sont fondamentales et qui, mises en pratique, donnent à la vie plus de
richesses et de plénitude.
Responsabilité
du Rotary club :
Il n’est pas souhaitable que les Rotary clubs s’engagent dans une
entreprise collective en vue d’influer sur les gouvernements, les affaires
mondiales ou la politique internationale ; mais il est bon qu’ils
consacrent tous leurs efforts à bien informer chaque Rotarien de ces
importantes questions, afin que chacun d’eux puisse avoir une attitude
d’esprit plus éclairée et plus constructive.
Un Rotary club peut fort bien servir de tribune libre pour exposer des
questions d’intérêt général, si cela permet de développer le quatrième
champ d’activité du Rotary. Lorsque ces questions prêtent à controverse, il
est essentiel que les deux aspects du sujet soient présentés de façon adéquate.
Lorsque des questions d’ordre international sont exposées et discutées
au sein d’un Rotary club, on préviendra l’orateur qu’il doit prendre soin
de ne pas offenser les ressortissants d’autres pays ; on indiquera aussi
sans équivoque que les opinions exprimées par des orateurs au cours de réunions
rotariennes n’engagent pas nécessairement la responsabilité du Rotary club.
Un Rotary club ne doit adopter aucune résolution, de quelque nature
qu’elle soit, touchant à des projets définis dans le domaine des affaires
internationales. Il ne doit pas lancer d’appels à l’action qui seraient
adressés par les clubs d’un pays aux clubs, à la population ou au
gouvernement d’un autre pays ; il ne doit pas non plus assurer la
diffusion de discours ou de projets visant à résoudre des problèmes
internationaux déterminés.
Lorsqu’une tension internationale se produit entre des pays où le Rotary
est établi, les clubs des nations en cause et ceux des autres pays doivent
toujours faire preuve d’une extrême prudence, de peur qu’un de leurs actes
ne vienne accroître les malentendus et la mauvaise volonté.
Position du Rotary
International :
Le Rotary International se compose de Rotary clubs disséminés dans de
nombreux pays qui ont des points de vue divers. Par conséquent, aucune action
collective ou aucune expression d’opinion collective ne sera assumée ou donnée
par le Rotary International sur des questions politiques.